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Critiques / Théâtre / Musical

La Passion Léo de Jocelyne Sauvard

par Gilles Costaz

Ferré pour l’éternité

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La romancière et auteur dramatique Jocelyne Sauvard a Léo Ferré dans le cœur et dans l’âme. Sur le chanteur anarchiste, elle a écrit coup sur coup un roman, Léo Ferré, Un artiste vit toujours demain, et une pièce, La Passion Léo. Le roman, très beau, et la pièce, très belle aussi, ont la singularité de mettre l’auteur, Jocelyne Sauvard, ou du moins son double, au cœur de l’action. L’écrivain se raconte en train de traquer, conter, ré-inventer la vie de Léo. Ce pourrait être horripilant mais, comme ce n’est jamais narcissique, c’est magnifique.

Voilà à présent le passage à la scène du texte dramatique que Kazem Shahryari a resserré pour lui donner sa propre illustration intime (il l’a tellement orchestré qu’il a aussi composé une partie de la musique ! ). Trois personnages sont en scène : la femme écrivain, une chanteuse qui est autant la Mort que le double féminin du chanteur et Léo Ferré lui-même. Mais, dans un univers baigné d’ombre et livré à un discret désordre, ils ne sont pas tous visibles en même temps. Ou bien ils parlent tous simultanément ! Mais ils interviennent plutôt seuls, comme si chacun était un visage de Ferré, un Ferré d’après sa mort, un Ferré emprunté à l’Histoire et pris dans le regard de la postérité. Des images de manuscrits ou des photos (Ferré, Rimbaud) surgissent dans le noir et s’effacent. Peu de musique malgré tout : quelques notes, pas de ces longues partitions au piano ou orchestrales comme Ferré les aimait, pour que l’on reste plus près des mots et que chacun crée sa musique en lui-même. D’ailleurs, la femme qui chante le fait a cappella ! Donc plus du chant nu que de la musique instrumentale.

Le spectacle n’a donc rien d’un récital. Ni d’un hommage. Ni d’une biographie. C’est un poème dramatique joué par un chœur dont les choristes jouent le plus souvent séparément, une vision qui retrouve les brumes et les lumières des romantiques pour saisir un Ferré éternel dans une image claire-obscure. Lydie Marsan, dans le rôle de l’écrivain, dévoile peu à peu un tempérament de plus en plus fort et saisissant. Ethel Brizard chante Ferré comme on ne l’a sans doute jamais chanté, non seulement a cappella mais selon les techniques du chant classique. Rien à voir avec la folle énergie gouailleuse d’une Catherine Sauvage, interprète historique de Ferré. Ethel Brizard donne une force musicale à chaque syllabe et fait vibrer la mélodie là où d’autres l’interrompent. C’est une grande chanteuse. Paul Soka, en Ferré, a moins de relief : il dit bien les mots faux ou vrais, selon les cas, du poète mais il est contraint de s’attacher à une ressemblance physique qui n’est pas totalement trouvée. Ainsi divisé et multiplié par trois, Léo Ferré bascule dans une fiction poétique à sa mesure.

La Passion Léo de Jocelyne Sauvard, adaptation et mis en scène pour trois interprètes de Kazem Shahryari, lumières de Serge Derouault, images de Yannis Lehuede, musiques de Beethoven, Ferré, Shahryri, avec Ethel Brizard, Lydie Marsan et Paul Soka. Art Studio Théâtre, tél. : 01 42 45 73 25., jusqu’au 28 mai. Durée : 1 h 35, http://www.artstudiotheatre.org/ . Texte du roman aux éditions Melis, texte de la pièce aux éditions de La Petite Phrase. (A noter que la Comédie-Française reprend, au Studio-Théâtre, du 19 mai au 12 juin, Trois Hommes dans un salon, un dialogue entre Brel, Brassens et Ferré, ce dernier étant interprété par Laurent Stocker).

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