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Billets d’humeur / Jacky Viallon

La Bourse du jour propose

par Jacky Viallon

Capital Plaisir à taux d’intérêt nommé Désir

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L’essai psychanalytique sur « L’économie libidinale moderne », dont nous citerons volontairement les références un peu plus tard, arrive à point dans le paysage économique actuel.

Sa résonance est d’autant plus forte que la rencontre avec les circonstances boursières d’aujourd’hui est tout à faite fortuite. Les deux auteurs Alain Cochet, docteur, en psychologie et Gilles Herlèdan psychothérapeute font dans cet ouvrage état du glissement de l’utilisation des grilles psychanalytiques en direction du sujet vers celle d’une civilisation entière. Le trauma change de champ d’application et conséquemment il peut modifier le comportement global. Ainsi au regard des événements économiques actuels on peut entendre qu’il y aura d’ici peu mutation, transformation et assimilation nouvelle de l’effet traumatique frappant inconsciemment une partie de la société présente.

En conséquence, par écho, changement évident des mentalités face à l’esprit capitaliste, conservateur et spéculatif qui fige la dynamique économique actuelle.

À noter au passage un dossier plus qu’intéressant dans le journal « Le monde diplomatique N°102, Le krach du libéralisme » où sont rassemblés divers articles « émanant d’éminents » hommes et femmes de réflexion qui traitent et analysent la tourmente économique ainsi que le dérèglement de l’horloge boursière. Crise non seulement économique mais aussi idéologique. Mais il est trop tard pour fermer le parapluie, la tempête l’a déjà retourné comme une aile d’oiseau en plein vertige. Alors sur fond de musique en « arrache cœur » on assiste à la valse des euros, dollars, yens, roubles et ma foi presque kopecks et doublezons ( dixit B.Vian), monnaie imaginaire descendue à point pour rassurer sur le mirage. Mais au-delà de cette image apocalyptique, onirique et sans espoir de refuge derrière la métaphore, se dresse le spectre du « que faire ? » qui reste crosse en l’air…

Et la réponse du coryphée est claire : il va tôt ou tard falloir faire le deuil du langage « boursificotier » pour un autre langage, une autre réflexion. Et qu’on le veuille ou non les valeurs vont devoir changer, comme elles ont changé plusieurs fois dans l’histoire. Au dire de Lacan il va falloir oublier « l’objet du désir » c’est-à-dire par extension assez loin, certes, mais présent à long terme : Le matérialisme, le capitalisme et toute la ribambelle vertigineuse d’ismes et d’asthmes linguistiques à résonance spéculatives, lancinantes, véritables tord-boyaux de la sémantique du désir.
Alors une fois le nez contre le mur, il n’y a pas assez de recul pour pouvoir sauter, et à la fois nous ne sommes pas suffisamment prêts pour le traverser tel un passe-muraille.

Et pour en revenir justement au livre de A.Cochet et G.Herlédan au titre provocateur « Jouissez c’est capital » il est vrai qu’actuellement le meilleur investissement est sur le plaisir et nous pourrions même nous contenter que du souvenir de ce plaisir. Excellent placement à rendement constant, capital désir garanti si on veut garder au coffre sa libido pour l’entretenir dans son soutien stimulant. Traduire : ne garder à l’épargne que les bons souvenirs. En fait, s’engager sur la pente du retour à l’épicurisme.

À chaque remémoration notre petit capital ne s’enrichit-il pas d’anecdotes nouvelles nappées d’exagération galopante. Aucun danger de dévaluation : le meilleur placement c’est jouir !
Alors me direz-vous c’est comme avant on dira bientôt « avant la crise » comme on dit « avant Jésus-christ » canonisation, vénération sacralisée de l’argent) « Jouissez ! C’est capital ! »
Voilà une injonction qui ne vieillira pas. Echappée du contexte brûlant d’aujourd’hui elle maintiendra son capital évocateur.
Souvenez-vous de la belle carrière de « faites l’amour, mais pas la guerre ! » pas un kopeck de dévaluation, et, comme les soixante-huitards sont à la veille de mourir ça va donner de la valeur à l’expression. Vous voyez on retombe dans le registre profit et spéculation ! On n’en sort pas !
C’est en nous, inscrit dans nos gènes : Capitalisation, valeur, marché… tout le glossaire nous est mis en perfusion…

*Rappel bibliographique :
- « Jouissez ! C’est capital » essai psychanalytique sur l’économie libidinale moderne d’Alain Cochet et Gilles Herlédan. Ed du Sextant, Oct.2008
- « Le monde diplomatique N°102, Dec.08-Janv.09, Le krach du libéralisme »
* Dernière minute :Dans la série du feuilleton « Si le dollar m’était conté … » à lire impérativement dans le monde cité ci-dessus l’article p. 13 de Akram Belkaïd : « Le dollar, - notre devise, votre problème - »

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