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Billets d’humeur / Jacky Viallon / Théâtre

L’oubli des anges

par Jacky Viallon

Théâtre Laboratoire

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Selon les civilités d’usage : coup de chapeau en direction d’un nouveau lieu qui vient de s’ouvrir près du quartier de la Nation à Paris dans le 12°arrondissement sous la houlette d’Elizabeth Czerczu qui nous rapport de sa Pologne natale des embruns de T. Kantor et de Grotowski. Voilà qui cautionne l’engagement particulier et original de cette programmation, alors rien d’étonnant si on retrouve sur le plan de travail de ce laboratoire des expérimentations que souvent, seuls, les petits lieux prennent le risque d’exposer. Soulignons au passage l’indifférence ou le laxisme des grands medias qui oublient au porte-manteau de l’opportunisme l’occasion d’attirer les spectateurs à soutenir et découvrir d‘autres pratiques. A savoir que dans l’histoire du théâtre, les grandes aventures partent souvent des petits lieux qui contribuent ainsi à consacrer « les grands ».

Ces expérimentations font appel à la réunion parfois même à la confusion recherchée des genres et des formes. Les tentatives sont sans limite et souvent la part du risque mange tout le gâteau ! Mais il y a toujours les indomptables passionnés du spectacle qui travaillent sans filet.
Le groupe interface fait partie de ceux-là, il se plait dans son arène de recherche à dompter théâtre, chorégraphie, lumière musique, silence et s’il le faut, même maître Tintamarre peut impunément être convoqué.
Le dernier spectacle d’Interface « L’oubli des anges » débute par un silence imposé qui peu à peu se meuble d’une note chantée dont la pureté cristalline nous entraine tel le fils d’Ariane vers l’étrange labyrinthe de notre inconscient. Attentifs à cette écoute nous nous retrouvons face à nous-même Puis au bout de quelques minutes, au terme de cette purification, la trame sonore s’éveille , grandit et semble nous tirer peu à peu du néant pour nous amener doucement, insidieusement à être réceptif à ce théâtre incantatoire. Sorte d’oratorio qui voudrait nous faire participer à une célébration d’ordre spontané. Le spectacle nous transmet bien tout le charisme qui soutient cette troupe encore toute auréolée de son engagement artistique.

Pour ce faire n’hésitons pas à citer et féliciter ces comédiens, chanteurs, musiciens et à la fois danseurs. Il n’y a plus qu’un seul corps dans ce spectacle, corps unique qui se densifie pour renvoyer toute son énergie. Bien sûr au nom d’un collectif solidaire on ne peut tout de même pas faire l’impasse sur les deux solistes qui sont la clé de voute de cet ensemble : Nicolas Gravier, chanteur comédien dont la haute technique vocale est au service d’un don à la limite de l’inexplicable et la danseuse chorégraphe, Géraldine Lonfat, dont la maîtrise se dissimule derrière une subtile grammaire en nous incitant de manière empirique à comprendre au fur et à mesure du spectacle son vocabulaire.

La présence des autres comédiens sur le plateau semble par leur prestance consolider les appuis imperceptibles de cette « performance ». Elle nous offre
un moment privilégié qui nous permet de nous dire en sortant : Quelque chose vient de se passer en dehors de moi et je le ressens à l’intérieur de moi.
Alors, si vous cherchez à vous situer quelques instants, qu’importe le dehors ou le dedans de vous, courrez vite au théâtre laboratoire c’est jusqu’au 22 Décembre. Il faut soutenir cette compagnie laquelle n’en est pas à son premier délit puisqu’elle existe depuis vingt ans. Tout en se renouvelant dans les genres elle reste toujours fidèle à son esthétique et l’on pourrait presque dire : à son « Ethique »

« L’oubli des anges » tel est le titre de cette performance qui aurait pu s’intituler « Avènement d’un bonheur déchiré » ou « Rituel incantatoire pour une quête de l’absolu » (A lire en buvant une tisane !!!)

Avec André Pignat, Géraldine Lonfat, Niolas Gravier, Marie Broche, Kawtar Kel, Ophélie Comina, Thomas Laubacher, Paul Patin, Jérome Hugon.
Théâtre Laboratoire, Paris 12. Jusqu’au 21 décembre 2013

www.theatreinterface.ch

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1 Message

  • L’oubli des anges 22 décembre 2013 13:57, par jm gautier

    une démarche originale qui fait suite à de nombreux spectacles de cette force….
    interface est dans un processus de création hors des sentiers battus, hors des normes, faut s’y faire pour certains, beaucoup apprécient à juste titre cette création débridée et multi arts.
    j’aime depuis des années et je ne m’en lasse pas.

    repondre message

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