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Critiques / Théâtre

L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau

par Bruno Bouvet

L’époustouflant show de Michel Fau

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Il est l’homme de toutes les audaces scéniques, compagnon fidèle des aventures artistiques d’Olivier Py, qui l’a révélé. Michel Fau ne craint rien parce qu’il assume tout. L’ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (classe de Pierre Vial, Michel Bouquet et Gérard Desarthe) ne monte pas sur les planches pour s’abriter derrière le terne costume d’un personnage apathique. Il bondit sur scène pour laisser libre cours à son inépuisable fantaisie, endosser d’improbables habits qui disent son goût profond pour le travestissement. Est-il gagné par l’excès, ce prodigieux clown qui ne rechigne jamais à jouer les exhibitionnistes en montrant plus souvent qu’à son tour la partie charnue de son anatomie ? Bien sûr ! Parfois, Michel Fau en fait trop comme dans cette Maison de poupée d’Isben, dans laquelle il s’est mis en scène cet hiver au Théâtre de la Madeleine. Cette approche façon grand guignol du drame suédois frisait tellement le ridicule qu’on finissait par redouter les retrouvailles avec ce comédien tant aimé…

N’allait-il pas renouer avec une caricature de lui-même en proposant une revue autoproclamée « dégradante et pathétique » ? Eh bien non, mille fois non ! Dans ce spectacle hilarant, qui laisse percer une vraie tendresse pour les chansons dont il se fait l’interprète, Michel Fau donne le meilleur de lui-même. Non qu’il ait adopté une soudaine sobriété, ce n’est pas le genre du bonhomme ! Au contraire, il y va à fond le bougre, dans les habits d’une meneuse de revue, plume extravagante sur le crâne et sous-vêtements scintillants ! A vrai dire, ses performances vocales ne sont pas pour grand chose dans la réussite de ce spectacle qui lui ressemble en tous points : totalement dingue, absolument foutraque et finalement irrésistible ! Accompagné de deux danseurs qui jouent le jeu de manière impeccable (notamment dans le King Kong de Serge Gainsbourg, interprété autrefois par Zizi Jeanmaire), Michel Fau s’empare d’un répertoire kitchissime, où les chansons des années 70 et 80 se taillent la part du lion pour le plus grand plaisir d’un public majoritairement masculin. Dans d’improbables tenues, le meneur de revue se livre à des réorchestrations en forme de parodies de titres de Dalida, Jacqueline Maillan ou Sabine Paturel (souvenez-vous, Les bêtises, elles sont ici méconnaissables mais parfaitement réussies !). Il se moque, il n’est pas dupe des musiques débiles et des paroles hautement philosophiques (de Carla Bruni à Lara Fabian en passant par Loana) l’ami Fau, mais sa sincérité ne fait jamais… défaut. Comme un gamin pris à son propre jeu, il entraine le spectateur dans l’univers de ses délires et réussit le tour de force de faire applaudir de sympathiques niaiseries qui susciteraient un mépris poli dans n’importe quelle autre enceinte. Car Michel Fau n’est pas seulement drôle, il est aussi merveilleusement touchant, laissant affleurer une forme de tristesse – sans jamais insister - derrière ces chansons qui disent l’amour déçu, l’amour qui s’en va… Et on lui sait gré de ses mille fantaisies : elles dessinent le portrait émouvant d’un mélancolique qui trompe son angoisse dans des pitreries toujours plus extravagantes. « Je ne ferais pas ça tous les jours. Si j’avais su, j’aurais dit un texte de Sarah Kane avec un imperméable, ça aurait été moins fatigant », lance le chanteur comédien à la fin du spectacle. Juste ciel, l’idée ne lui a pas traversé l’esprit, elle aurait privé les heureux spectateurs d’une authentique loufoquerie, dont on aurait bien tort de se passer en ces temps de rigueur…

L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau. Mise en scène : Emmanuel Daumas. Avec Michel Fau. Danseurs : Joël Lancelot et Delphine Beaulieu. Arrangements : Camille Germser. Lumière : Bruno Marsol. Durée : 1 h 10 Théâtre du Rond-Point (salle Jean Tardieu), 2 bis avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris. Du mardi au dimanche à 18 h 30.
Réservations : 01 44 95 98 21 et www.theatredurondpoint.fr

crédit photographique : Brigitte Enguérand

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