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Critiques / Opéra & Classique

L’Italienne à Alger de Gioacchino Rossini

par Caroline Alexander

Délires loufoques

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Mode d’emploi : poser Alger sur un toboggan en pente rapide recouvert de savon bien glissant. Pousser un grand coup pour provoquer un glissement de terrain. Et la voilà au sud, du sud, du sud en pleine brousse africaine. Ou en Amazonie….Qu’importe puisque ce lieu improbable n’existe pas plus que n’existe géographiquement l’Alger où Rossini expédie son Italienne dans le seul but de faire rire en musique.

Il avait 21 ans quand il composa ce premier opéra bouffe dont les cavatines, roucoulades et vocalises firent les délices du public à leur création en 1813 au Teatro San Benedetto de Venise.

Tout y est fantaisie, les libertés les plus extravagantes y sint recevables à condition qu’elles soient drôles. Comme à Nancy, à l’Opéra National de Lorraine où le metteur en scène allemand David Hermann situe les aventures de la belle Italienne sous les palmiers, rocailles, bambous et autres végétations exotiques d’une jungle où vient de s’écraser un avion de ligne (italien !). Une prouesse du décorateur Rifail Ajdarpasic.

Anachronismes farfelus

Mustafa, le bey collectionneur de femmes y règne sur une tribu d’esclaves (les rescapés du crash) affublés de robes poussiéreuses sous des masques empruntés aux Arts Premiers du Quai Branly. Le prisonnier Lindoro gîte dans le réacteur de l’avion et chante son espoir de retrouver sa bien aimée Isabella en faisant la lessive. Isabella justement a débarqué d’un faux naufrage (ou crash) pour le retrouver et le libérer. Pas si simple, car le bey, tombé raide amoureux a répudié pour elle son épouse et échafaudé un plan pour une nouvelle vie. C’est sans compter que la belle en question a plus d’un tour dans son sac à malices. Le bey sera sacré Pappataci à la manière du Bourgeois Gentilhomme de Molière couronné Mamamouchi, avec en prime un jeu de mots à l’italienne (bouffe et ferme-la) et tout se terminera dans le meilleur des mondes de dupes.

Les anachronismes les plus farfelus font friser les zygomatiques. Plateaux repas servis en vol, valises à roulettes, loupiotes de signalisations, fauteuils classe éco, canot de sauvetage, pluie de Kleenex, casquette de pilote, et même briques de congélation pour se rafraîchir les tempes après un coup de chaud. Un délire loufoque où tout objet perdu est récupérable.

Rondeurs pulpeuses et minceur de haricot

La bouffonnerie s’étend aux personnages, à leurs interprètes. La contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux endosse pour la première fois le rôle titre et manifestement s’en régale, jouant des rondeurs pulpeuses de sa silhouette comme de celles de sa voix qui déroule des coloratures d’ambre patinée. Elle forme un couple burlesque avec le Lindoro mince comme un haricot du jeune ténor chinois Yijie Shi, sorte de sosie du Tchang de Tintin au Tibet. A 29 ans il révèle un timbre clair, une projection nette, pas mal de ressources à développer et une bonne dose d’humour. La basse bouffe Donato di Stefano apporte bonhommie et burlesque au Mustafa tyran de papier, Nigel Smith affronte Taddeo en n’ayant peur de rien (pas même de se mettre tout nu), Elvira, l’épouse radiée du sérail a la pudeur exquise de Yuree Jang, Igor Gnidii bouffonne à qui mieux mieux en second couteau de carnaval.

Paolo Olmi, fin connaisseur du répertoire italien, aurait pu oxygéner davantage sa direction à la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy. Tout est juste, tout est en place mais il manque les bulles d’air qui font pétiller la musique. C’était peut-être l’effet d’une première trop appliquée à bien faire. Les paillettes rossiniennes ne devraient pas tarder à scintiller.

L’Italienne à Alger de Gioacchino Rossini, livret d’Angelo Anelli, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Paolo Olmi, chœur des hommes de l’Opéra National de Lorraine, direction Merion Powell –à Metz chœur des hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, direction Jean-Pierre Aniorte -. Mise en scène David Hermann, décors Rifail Ajdarpasic, costumes Bettina Walter, lumières Fabrice Kebour. Avec Marie-Nicole Lemieux - à Metz Isabelle Druet -, Donato di Stefano – à Metz Carlo Lepore -, Yijie Shi, Yuree Jang, Nigel Smith, Olga Privalova, Igor Gnidii.

Coproduction Opéra National de Lorraine, Opéra-Théâtre de Metz Métropole, Théâtre National Slovaque de Bratislava

Nancy - Opéra National de Lorraine : les 17, 21, 23 & 25 février à 20h, le 19 à 15h

Metz - Opéra-Théâtre : les 7 & 9 mars à 20h, le 11 à 15h

+33 (0) 3 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

Photos : Opéra National de Lorraine

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