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Critiques / Opéra & Classique

GENEVIÈVE DE BRABANT de Jacques Offenbach

par Caroline Alexander

Bain de jouvence singulier et loufoqueries sous la ceinture

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On n’en finit pas de découvrir, redécouvrir des trésors cachées, oubliés du subtil amuseur musical qu’était Jacques Offenbach (1819-1880). Amuseur ? Pas seulement. Derrière le masque des farces, un grand romantique, un amoureux de Mozart, un connaisseur de Meyerbeer, Weber, Halèvy dont il fut l’élève. Un boulimique dont le catalogue à ce jour compte 670 œuvres diverses dont 140 opéras… Assis à son piano, il composait non-stop, raconte son spécialiste Jean-Christophe Keck, tout en s’entretenant avec ses amis, sa famille, ses invités.

A Montpellier on en est friand. Après Les fées du Rhin et Fantasio remis en selle au Festival de Radio France, voici Geneviève de Brabant produite par la maison d’opéra que dirige Valérie Chevalier. Cette parodie loufoque du monde médiéval avait été déjà remise au galop, façon Hellzapoppin, en 2002 par la compagnie Les Brigands. Elle est cette fois plongée dans un bain de jouvence singulier. Carlos Wagner son adaptateur et metteur en scène la pousse dans des retranchements bouffons où Offenbach risque de ne pas toujours se reconnaître. . Il assaisonne la farce de piments forts et fous qui trop souvent glissent sous la ceinture.

A sa création en 1859, Geneviève de Brabant n’apporta pas à l’auteur vedette d’Orphée aux Enfers, de La Belle Hélène et autres Grande Duchesse de Gerolstein, le succès escompté. Il en retravailla musique et livrets durant près de quinze ans. La deuxième version créée en 1867, gardait de la première des airs, couplets, mélodies mais se structurait selon une toute autre histoire que signaient Hector Crémieux, nouveau venu et Etienne Tréfeu (déjà présent en 59 avec Adolphe Jaime). Huit ans plus tard une version « féerie » noyait l’intrigue et sa musique dans les fastes d’une superproduction avant la lettre.

Ainsi donc, au plus profond d’un moyen âge de parodie, le couple formé par le duc Sifroy et Geneviève son épouse est soupçonné d’infertilité pour n’avoir pas encore engendré un héritier…. Ce doute va éveiller convoitises diverses chez tous les vilains qui rêvent de pouvoir tandis que Charles Martel rameute ses troupes pour aller battre les Sarrasins en Palestine… Le train de 8h05 les attend pour faire le voyage… L’histoire n’a ni queue ni tête et c’est ce qui fait son charme

Carlos Wagner dont on a maintes fois apprécié l’imagination (voir WT 993, 2677, 2971, 3088 -Une Tragédie Florentine, Carmen, Rake’s Progress, La Vie parisienne –) transporte ici la capitale Curaçao dans un lotissement de maisonnettes chalets en promotion, au coin d’une rue surveillée par un poteau de feux tricolores. A la version de 1867 prise pour modèle, il a infiltré une demi -douzaine d’airs de la version de 59 (chœur des baigneuses, quatuor de chasse, etc…). Il a maintenu les textes originaux des airs chantés mais a réécrit les dialogues parlés. Les néologismes pullulent : cholestérol, aspirateur, Doliprane, spermatozoïde, arnica, pressing etc... Et les jeux de mots dérapent dans une mayonnaise scato, du fion au pipicaca en passant par la diarrhée. A entendre mais aussi à voir ; pénis gonflés à fleur de braguettes, copulations rythmées par devant par derrière… Qui ne déclenchent pas les rires espérés.

Dommage. Car les qualités ne manquent pas. Le décor de Rifail Ajdarpasic, avec ses deux maisonnettes bleues et roses aux étages s’envolant dans les cintres, son mobile home et son bassin éclaboussant, est tout de fraîcheur et d’astuces. Les costumes s’autorisent toutes les extravagances, les lumières arrosent de bon sens le déroulement des heures. Les chanteurs-comédiens-clowns rendent hommage à la musique, à ses rythmes trépidants, caquetants tout comme à ses envolées poétiques malgré les dérives fantaisistes qui font de Sifroy un homo-hétéro traitant le poète Narcisse comme son mignon.


Avi Klemberg est ce Sifroy grande folle aux épaules d’athlète qui réussit à mettre charme et rêverie dans sa romance du thé, Jodie Devos en Geneviève gracieuse, fragile mais joliment futée a de la lumière dans la voix et les yeux, Valentine Lemercier et sa romance du page éveille les élans d’un Chérubin tout à fait mozartien, Kevin Amiel met du belge dans le bourgmestre Vanderprout, tout comme ses gendarmes Pitou et Grabuge (Enguerrand de Hys et Philippe Ermelier façon double-pattes et patachon), Jean-Marc Bihour, un ancien des Deschiens, donne au vicieux Golo ses regards ahuris de pitre assermenté tandis que Sébastien Parotte enrhume les graves de Charles Martel. Thomas Morris, Narcisse patapouf, Sophie Angebault, dame de compagnie chic, Diana Higbee, vengeresse de music-hall et la toute jeune Charlotte Gleize poussant des cris de paon en enfant loué s’insèrent avec punch dans une distribution en bon équilibre musical où le chœur se démène sans trop de décalage…

Claude Schnitzler, à la tête de l’Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon, met toute sa connaissance du répertoire d’Offenbach au service de ses ruptures, passant allègrement des trépidations cadencées aux mélodies exaltées, de la cour de récré aux songes d’amour.

Cette Geneviève de Brabant décalée et déjantée sera reprise à l’Opéra National de Lorraine, son coproducteur, la saison prochaine. Le temps d’en dépoussiérer les excès…


Geneviève de Brabant de Jacques Offenbach, livret Hector Crémieux, Etienne Tréfeu, Adolphe Jaime, adaptation Carlos Wagner et Benjamin Prins. Orchestre et Chœur de l’Opéra National Montpellier Languedoc-Roussillon, direction Claude Schnitzler, Noëlle Geny chef de chœur, mise en scène Carlos Wagner, décors Rifail Ajdarpasic, costumes Christophe Ouvrard, lumières Fabrice Kebour. Avec : Jodie Devos, Valentine Lemercier, Sophie Angebault, Diana Higbee, Avi Klemberg, Sébastien Parotte, Kévin Amiel, Thomas Morris, Jean-Marc Bihour, Enguerrand de Hys, Philippe Ermelier, Charlotte Gleize, Alexandra Dauphin, Marie-Camille Goiffon.

Montpellier – Opéra Berlioz Le Corum, les 16 & 18 mars à 20h, le 20 mars à 15h
04 67 60 19 99 – www.opera-orchestre-montpellier.fr

Photos Marc Ginot

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