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Critiques / Opéra & Classique

Carmen de Georges Bizet

par Caroline Alexander

Une Carmen idéale pour un Bizet aux couleurs de Goya

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Cette Carmen là, née à l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole en coproduction avec l’Opéra National de Lorraine, est certes d’Espagne, mais pas de l’Espagne sévillane ruisselante de soleil. Elle est d’ombre et d’or patiné, hantée de soldatesque casquée et de personnages fantasmagoriques. Ainsi l’a voulue le metteur en scène Carlos Wagner qui est vénézuélien comme son nom ne l’indique pas et dont l’imaginaire foisonnant nous a déjà plus d’une fois surpris (voir webthea des 8 décembre 2005, 20 septembre 2006 & 5 février 2009).

Des panneaux mobiles ridés de lavis couleur d’encre et de rayons de lune imprègnent les décors d’une atmosphère inspirée de Goya, le Goya des « années noires », des « désastres de guerre » et de fin de vie que peuplent des êtres déchirés, des monstres ou des nains comme on trouve également chez Vélasquez . Il n’est pas sûr que cette Carmen en nocturne soit celle qu’avait imaginée le très français Georges Bizet (1838-1875) quand il mit en opéra la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée (1803-1870). Mais le scandale que provoquèrent les revendications de liberté absolue de son héroïne lors de sa création à l’Opéra Comique en 1875 sont non seulement présentes dans la mise en scène de Carlos Wagner, elles en constituent l’axe moteur.

Les idées fourmillent

Les idées fourmillent dans un climat de violence. Les gamins qui jouent aux soldats « avec la garde montante » forment un chœur qui reste très présent, notamment quand Escamillo entame le fameux air du Toréador, ils jouent aux toréros, les uns attaquant avec deux cornes fichées au bout d’un chariot à roulettes, les autres mimant les passes en faisant valser leurs petites capes. Les âges, les époques s’entremêlent. L’Inquisition d’hier, les incertitudes d’aujourd’hui. La marchandise des contrebandiers est humaine, des femmes, des enfants sont enfermés dans des caisses à destination inconnue. Don José ne se contente pas d’assaillir le capitaine Zuniga, il l’abat d’un coup de révolver. Le même Don José qui apporte à Carmen un bouquet de ballons rouges en forme de cœur, se fera garçon boucher pour approcher les arènes où Escamillo livre son combat… La mort de Carmen aura lieu sous la forme inédite d’un Minotaure. A découvrir…

Magnifique Isabelle Druet

La direction d’acteurs de Carlos Wagner privilégie les femmes. Elles sont les meilleures. Les mâles sont bêtas, naïfs ou grandes brutes. Elles se battent, elles gagnent, même au prix de leur vie. Le Don José de Chad Shelton, jeune ténor issu du Texas, est d’abord balourd et pas vraiment crédible en séducteur, mais, sa voix peu à peu prend force et volume tout en sauvegardant des espaces d’émotion contenue. Interprété par le baryton sud-coréen Chang Han Lim, Escamillo se pare d’un exotisme singulier qui le rend moins bravache, moins arrogant, moins convaincant. Micaëla qui rapporte à son fiancé l’ours en peluche de son enfance a trouvé en Claudia Galli, fraîcheur et simplicité. Mais c’est bien autour du rôle titre que tout se joue. Isabelle Druet accumule les honneurs, révélation lyrique de l’Adami en 2007, , 2ème prix au Concours Reine Elisabeth de Belgique en 2008, enfin sacrée il y a tout juste un an « révélation lyrique » aux Victoires de la Musique 2010, elle a déjà effectué un parcours joliment diversifié – de Lully à Zemlinsky, en passant par Mahler et Mozart -, avant d’aborder cette Carmen redoutable dont elle fait une figure quasi idéale. Actrice accomplie, diction impeccable, ses talents de comédienne s’allie à un timbre de mezzo-soprano aux multiples ressources. Toute en fièvre, en rébellion et en sensualité, elle fait sienne cette femme qui veut vivre sa vie et non celle que lui impose la société des hommes. Magnifique, tout simplement.

Orages et passions

Sous la direction toujours vive et précise de Claude Schnitzler l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy a souffert à Metz, dans cette salle ravissante – la plus ancienne de France, paraît-il – mais d’une acoustique pas vraiment adaptée à ce type de répertoire. Les frissons pourtant passent la rampe tant la magie de Bizet emporte les cœurs et les corps. A Nancy, dans le beau théâtre de la place Stanislas, les espaces de la scène et de la fosse trouveront mieux leurs marques, en accord avec ce spectacle foisonnant d’orages et de passions.

Bizet mourut peu de temps après la première houleuse à l’Opéra Comique et ne sut jamais que sa belle et rebelle Espagnole deviendrait l’opéra le plus joué au monde. Qui affiche complet dès que son nom s’imprime dans un programme.

Carmen de Georges Bizet d’après Prosper Mérimée, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Claude Schnitzler, chœurs de l’Opéra National de Lorraine et de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, mise en scène Carlos Wagner, Décors Rifail Ajdarpasic, costumes Patrick Dutertre, chorégraphie Ana Garcia, lumières Fabrice Kebour. Avec Isabelle Druet, Chad Shelton, Chang Han Lim, Claudia Galli, Philippe-Nicolas Martin, Pascale Beaudin, Sylvia De La Muela, Jean-Vincent Blot, Olivier Grand, Julien Dran .

Opéra – Théâtre de Metz-Métropole, les 28 janvier, 1, 3, 5 février à 20h, le 30 janvier à 15h.

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 18, 22, 24 février et 1er mars à 20h, les 20 et 27 février à 15h.
Téléphone : 03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

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