Accueil > Face au paradis de Nathalie Saugeon

Critiques / Théâtre

Face au paradis de Nathalie Saugeon

par Bruno Bouvet

Emouvant duo dans les décombres

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Rachida Brakni a longtemps cherché une pièce qui permette à Eric Cantona son ex-footballeur de compagnon d’effectuer ses premiers pas sur une scène parisienne. L’ancienne pensionnaire de la Comédie-Française l’a finalement trouvée avec ce Face au paradis de Nathalie Saugeon. Ce texte pour deux personnages, loin d’être dénué de faiblesses et de dialogues parfois à la limite de l’indigence, se révèle toutefois un tremplin idéal pour jauger le talent très prometteur de l’ancienne gloire nationale du ballon rond, exilée en Angleterre pour le plus grand bonheur des supporters de Manchester United. Sur un terrain puis au cinéma, Eric Cantona avait pu manifester un certain sens de la théâtralité, entre faconde méridionale et gouaille provocatrice. Sur le plateau du Théâtre Marigny, il affiche, dès son entrée en scène, une exceptionnelle présence. Performance d’autant plus méritoire que le corps de l’ex-champion est quasi contraint à l’immobilité, dans un amas apocalyptique de gravats. Un supermarché vient de s’écrouler. Ils sont deux survivants. Max, costume cravate, employé dans les étages au service de la comptabilité. Lubin, « de l’essence », expression lapidaire et familière pour désigner le lutin bondissant et intarissable qui ce jour-là avait déserté sa guérite de pompiste. Pour son jour de congé, il s’en était venu conter fleurette à « la 14 », comprenez la jeune fille préposée à la caisse numéro 14… Les deux rescapés ne se voient pas. Seule une petite fente permet aux deux silhouettes de se distinguer, dans le décor stupéfiant de vérité créé par Jean-Marc Sthelé. Si l’un bouge, tout menace de s’effondrer sur l’autre…

A la volubilité de Lubin, qui jacasse sans fin pour tromper son angoisse et imaginer un scénario forcément heureux, répond l’économie de mots et de forces de Max, diminué par une blessure rendant aléatoires ses jours. Sans l’avoir voulu, Face au paradis renvoie au spectateur l’écho tragique du sort des sinistrés d’Haïti, conférant au texte une densité supplémentaire qu’il ne possédait peut-être pas au départ. Dans un spectacle qui repose avant tout sur la performance des acteurs, Lorant Deutsch et Eric Cantona composent un duo parfaitement complémentaire, dirigé avec finesse par Rachida Brakni. Maitrisant à la perfection le registre du ludion insaisissable, irritant autant qu’attachant, le premier offre son assurance et sa générosité à son partenaire débutant. Encore hésitant, parfois gauche dans sa gestuelle comme dans sa diction, Eric Cantona peut à loisir se glisser dans la voie que lui dessine son complice (lui aussi grand amateur de ballon rond…). La modestie dont il fait preuve dans son apprentissage sur scène et l’émotion qu’il dégage quasi instantanément sont deux beaux gages d’une carrière qui s’annonce fructueuse. Devenu comédien, le footballeur n’a pas oublié que les parcours à succès se construisent dans la durée…


Face au paradis
de Nathalie Saugeon. Mise en scène : Rachida Brakni. Avec Eric Cantona et Lorant Deutsch. Assistante à la mise en scène : Annette Barthélémy ;Décor : Jean-Marc Sthelé ;Costumes : Arielle Chanty-Stevenet ;Lumières : Katelle Djian ;Musiques : Sylvain Jacques. Théâtre Marigny, Paris 8e, jusqu’au 8 mai. Du mardi au samedi à 21 heures, matinée samedi à 17 h . Loc : 0 892 222 333 et www.theatremarigny.fr. Prix des places : 45, 35 et 25 €

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.