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Billets d’humeur / Jacky Viallon

Entretien avec le Père Noël du côté de son procès contre les Nains de Jardin

par Jacky Viallon

ou Le feuilleton de Noël accompagné de Petits Pois, frais

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C’était du temps où l’on pouvait fumer dans les cafés, enfumer les ascenseurs sans les coincer, boire dans une voiture en trinquant çà et là à la santé de la police qui vous arrêtait pour ne rien dire et qui vous offrait du feu au gros rouge en vous aidant à attendre le joli vert. Parfois cette même police vous poussait à dépasser le rouge comme s’il était vert parce qu’elle comprenait bien que vous n’aviez pas le temps d’attendre ces arcs-en-ciel.

Les parcmètres unijambistes ne s’exerçaient pas encore à faire le pied de grue sur les bords de trottoir. Les voitures, dès lors, follement anarchiques, se fixaient n’importe où pour ne pas contrarier les chiens propriétaires exclusifs de leurs crottes libertaires, clandestines, réfugiées dans l’ombre des porches pour échapper à la rafle « gloutonnière » et vampirique des motos-crotte.

C’est dans cet état d’esprit que le Père Noël s’apprêtait à rentrer dans le bistrot. Ressentant une mollesse suspecte sous une de ses semelles il effectua discrètement un patinage alternatif et giratoire qui n’eut pour but que d’étaler un minutieux « tartinage » sur le beau paillasson d’accueil barré des initiales dorés de l’appellation de ce bar aux faux airs de luxe.

Enfin après quelques laborieux patinages et quelques périlleuses contorsions le Père Noël prit courageusement son élan pour se retrouver en début de salle, sourire aux lèvres et porte-bonheur en-dessous de la semelle.
Rapidement, il parcourut la salle d’un regard circulaire pour me repérer parmi la clientèle. Alors son intuition le guida jusqu’à ma table en chancelant dangereusement à cause de sa hotte.

Après avoir retrouvé son équilibre je l’incitais donc à s’asseoir. Il s’exécuta maladroitement tout en m’exprimant une certaine nervosité bien affichée qu’il feint de mettre sur le compte du laborieux rangement de la hotte qu’il considérait depuis peu comme une corne d’abondance trompeuse, factice, voire contraignante qui l’entraînait inexorablement vers l’inutile.

Pour le sortir de son embarras, je détournais l’attention de cette fastidieuse mise en place et entamais immédiatement une bribe de conversation des plus originales :

- Comment allez-vous ?
- Mal ?
- Ah bon dis-je !
- Oui, répondit-il sur le même ton !
- Qu’est ce qui vous arrive ! Ou si vous voulez, je pourrais dire : que vous arrive-t-il ?
- Il m’arrive un grand doute, devenu une certitude !
- Ah bon, dis-je, pour gagner une réplique ! Qu’est-ce donc ?

Et voulant faire un jeu de mots qu’il ne percevrait pas à l’oral, m’accaparant une plaisanterie bête et solitaire mais tellement libératrice je redoublais ma réplique : Caisse donc ?

- Si vous voulez savoir, aujourd’hui je ne suis pas d’humeur à me faire marcher sur les pieds : Je ne crois plus au Père Noël !
- A cet instant je visualisais de mémoire la scène du paillasson et me contentais de cette magnifique réplique :
- Ah bon !
Et le même Père Noël me répondit sur un ton parfaitement neutre :
- Oui !

Suite du feuilleton la semaine prochaine. On y verra les nains de jardin. Promis c’est dans le cahier des charges. En attendant bon Père Noël à tous.

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