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Critiques / Festival

Derniers regards

par Gilles Costaz

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Rompant avec ses habitudes, le festival officiel a placé une bonne part de ses événements dans la seconde moitié de son calendrier. Le bilan est en demi-teinte. Éblouissante réussite avec Un mage en été d’Olivier Cadiot au Théâtre Opéra, sentiment d’inachèvement avec le Richard II de Shakespeare mis en scène par Jean-Baptiste Sastre dans la Cour d’honneur. Le plaisir, immense, que procure Un mage en été vient de ce que l’on a affaire à un objet théâtral tout neuf, inattendu, sans équivalent. Le texte de Cadiot file à travers le temps, à la poursuite d’un mage insaisissable qui figure dans l’arbre généalogique du poète et où il met beaucoup de lui-même dans sa transcription homérique. La mise en scène d’Olivier Lagarde transforme notre perception en créant un son qui modifie et module le grain de la voix, plus une image trouble où l’acteur est à la fois réel et irréel. L’acteur, c’est le prodigieux Laurent Poitrenaux, sorte d’athlète immobile, qui se joue des difficultés d’un texte tout en virages délirants et, ne quittant pratiquement pas le milieu de la scène, donne au spectacle une vie supérieure à celle qu’aurait une représentation avec dix mille figurants. Un moment incroyable !

Avec Richard II, l’on assiste à moins de perfection. La soirée de près de trois heures, sans entracte, n’est pas franchement mauvaise mais, pour notre part, nous nous sentons en accord avec les applaudissements économes et polis du public, le soir où nous étions dans la Cour. Cela commence bien par la présence de tous les comédiens assis en costumes sur une énorme poutre à terre : une belle image de théâtre en train de trouver son langage de théâtre. Mais, vite, on ne voit plus ce qui intéresse le metteur en scène dans l’histoire du prince qui devient roi et se laisse prendre sa place par le rival qu’il a banni. Ni la tragédie profonde, ni le comique qui surgit souvent ne sont pris en main. Denis Podalydès joue un Richard II comme un clown lunaire : c’est plaisant, mais ne tient pas la distance. Il y a, avec lui, d’autres bons acteurs (Bruno Sermonne, Jérôme Derre, Cécile Braud, Florence Delay) mais l’ensemble va flottant, comme si la réflexion était à mi-chemin, peut-être paralysée par les problèmes que peuvent poser la Cour d’honneur. On verra si la recherche sera plus avancée à la reprise aux Gémeaux de Sceaux. Cependant, il y a plus de respect et de simplicité face à l’œuvre que dans la prétentieuse adaptation de Jean-Lambert Wild montant La Chèvre de M. Seguin d’Alphonse Daudet sous le titre Comment ai-je pu tenir dedans ? C’est l’art de ne rien comprendre en croyant tout expliquer par une avalanche de décalages lourdement symboliques. Pauvre chèvre de Seguin !

Dans le off, il y a bien des spectacles formidables. On retiendra, au gré d’un parcours qui est bien loin d’être complet, quelques grandes réussites : L’Instant T d’Antoine Lemaire (Présence Pasteur, 14 h 25), Pardon, Platon d’Yves Cusset (Espace Alya, 14 h 10), Moby Dick de Jonathan Kerr (Petit Chien, 14 h 15), Le Piston de Manoche (Emmanuel van Cappel) au Petit Louvre (11 h), La Chute d’après Camus (il y en a trois adaptations ! Nous avons vu celle, remarquable, par Raymond Vinciguerra, jouée par l’étonnant Philippe Séjourné, théâtre du Rempart, 17 h 10), Richard III (ou presque) de Timothy Dally, Abilifaïe Léponaix de Jean-Christophe Dollé (Rempart, 21 h 50) et Fuck you Eu.ro.pa de Nicoleta Esinencu (Utopia République, 11 h). Saluons aussi La Famille Aimé d’après le roman de Nicole Sigal (Ateliers d’Amphoux, 20 h 15) : toute une famille sous le regard acide de l’auteur et du metteur en scène Anne Sigaud et dans le jeu férocement drôle d’une bande d’acteurs au jeu juste et décapant.
Pour finir, le personnage le plus étonnant du off pourrait bien être Jeanne Béziers qui interprète et chante une œuvre de son cru, Monstres (théâtre des Corps Saints, 13 h 30). En scène avec un contrebassiste en jupe, Stéphane Diamantakiou, elle incarne une femme qui conte ses rêves, tous liés à la monstruosité. L’inspiration est un peu trash, joyeuse, inventive, d’une vraie qualité littéraire. A chaque rêve, Jeanne Béziers se métamorphose : femme effrayante, animal mythique, séductrice au glamour hollywoodien… Les chansons, dont les musiques sont de Martin Béziers, sont des coups de poing et des caresses. Si le show-biz avait du goût, il propulserait Jeanne Béziers en haut des affiches. Elle féconde et renouvelle par une poésie personnelle l’imaginaire de la BD et du fantastique contemporain.

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