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Critiques / Opéra & Classique

DIE ZAUBERFLÖTE – LA FLÛTE ENCHANTEE de Wolfgang Amadeus Mozart et Emanuel Schikaneder

par Caroline Alexander

Quand les carambolages d’images parasitent l’enchantement de la musique

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En clôture d’une saison marquée par la création de Claude, l’opéra militant de Thierry Escaich et Robert Badinter (voir WT 3689 du 10 avril 2013) qui vient d’être couronné « meilleure création musicale de l’année » par le Syndicat professionnel de la Critique, l’Opéra National de Lyon, met à l’affiche une œuvre phare du répertoire lyrique, La Flûte Enchantée de Mozart. Comme pour Carmen il y a un an, le nom seul de l’œuvre constitue une assurance sur l’affluence d’un public qui fait salle comble.

Pari réussi en chiffre de fréquentation, moins convainquant en termes de réalisation. L’opéra testament que Mozart composa en complicité avec Emanuel Schikaneder pour mettre en féerie les fondements de la franc-maçonnerie dont ils étaient membres, s’il atteint musicalement des sommets, reste un casse-tête à mettre en scène. On l’a vu et revu, sous les formes les plus disparates et ce sont à chaque fois les plus simples qui se sont avérées les plus fidèles et les plus efficaces.

A Lyon, le vidéaste Pierrick Sorin et Luc de Wit, son associé ont opté pour les voies sophistiquées des incrustations vidéo qui, si elles alimentent par-ci par-là, des images ludiques et poétiques, encombrent par ailleurs – et pour l’essentiel – le dénouement de l’histoire. Et surtout l’écoute de la musique. Au Châtelet à Paris, Pierrick Sorin avait déjà imprimé sa marque d’illusionniste high tech dans La Pastorale de Gérard Pesson et Le Couronnement de Poppée de Monteverdi (voir WT 1938 du 24 juin 2009 et 3329 la critique de Christian Wasselin du 8 juin 2012), suscitant les mêmes réserves.

Son système consistant à filmer en direct les chanteurs sur un fond neutre (à Lyon, un panneau bleu) et à les projeter simultanément sur un grand écran aux décors variés crée un dédoublement où les gros plans des visages et le mouvement des lèvres provoquent une impression – vraie ou fausse - de post-synchronisation des voix. Images et sons agissent en parasite. Les manipulations à vue des accessoires par une équipe de machinistes déguisés en mangas détournent également l’attention. Tout comme ce rideau de voile qui sépare la scène de la salle et sur lequel viennent se balader, danser, folâtrer les effets spéciaux filmés. Transparent mais bien présent, ce voile-écran bloque les ondes naturelles émises par les corps. La magie du spectacle vivant ne passe plus.

Reste celle des illusions d’optique : jeu de lettres, serpent volant, portrait dansant de Pamina, ballet d’étoiles dans des galaxies de dessins animés, fond sous-marins, paysages champêtres traversés de voitures et de trains, pyramides clignant des yeux, larmes ruisselants en plans serrés, temple de Sarastro aux murs mobiles, fonds sous- marins, feux d’artifices… La fantaisie des metteurs en scène, décorateurs, vidéastes file tous azimuts. Avec des pauses au naturel, comme l’intervention des trois dames ou l’apparition de la Reine de la Nuit qui, entre deux effets de caméras, surgissent comme des bouffées d’oxygène.

Mozart cependant reste le plus fort. Son propos, sa foi humaniste continue de percer au-delà de l’accumulation d’images, d’accessoires et de rebondissements. Infantilisé sans doute, comme souvent, mais sa quête de lumière reste perceptible et lisible. Et sa musique résiste non seulement aux bruitages de tempêtes, orages, éclairs qui fractionnent çà et là la partition, mais même à une direction d’orchestre quasiment martelée par Stefano Montanari. L’Orchestre de l’Opéra de Lyon y perd la légèreté de ses phrasés, jusqu’à se noyer dans un magma compact orphelin de l’élégance mozartienne.

Par bonheur, les jeunes chanteurs du Studio de l’Opéra de Lyon – unité de perfectionnement pour jeunes solistes comparable à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris -, sauvent la mise. Jean-Paul Fouchécourt, ce magnifique ténor qui fut haute-contre du répertoire baroque français, directeur artistique du Studio, les a préparés avec doigté à l’épreuve. Comme il est d’usage dans ce type d’institution, les distributions sont doubles.

Au soir de la deuxième représentation Jan Petryka, ténor autrichien à l’allure d’ado farceur, peinait à muscler le timbre de son Tamino, tandis que Camille Dereux incarnait une Pamina toute de fragilité, vocale et physique. Johannes Stermann, basse allemande, déjà familier du rôle de Sarastro lui apporte une belle autorité même s’il ne réussit pas à atteindre les graves extrêmes de son personnage. Excellente prestation des trois dames de la soirée (Caroline MacPhie, Heather Newhouse, Dorothea Splielger) et superbe performance de la jeune Sabine Devieilhe, fine et déliée qui dompte avec grâce les redoutables contre-fa de la Reine de la Nuit.

Die Zauberflöte - La Flûte Enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, livret d’Emanuel Schikaneder, orchestre, chœur et maîtrise de l’Opéra de Lyon, direction Stefano Montanari, chef de chœur Alan Woodbridge, mise en scène, Pierick Sorin et Luc De Wit, décors et vidéo Pierrick Sorin, costumes Thibault Vancraenenbroeck, lumières Christophe Grelié, automates Nicolas Darrot. Avec, en alternance : Jan Petryka/ Mauro Peter, Camille Derieux/Heather Newhouse, Guillaume Andrieux/Philippe Spiegel, Barbara Zamek/Caroline MacPhie, Bonko Karadjov/Remy Mathieu, Cléobule Perot, Adrien Chavy, Victor Fleury/Tom Nermel, Remo Ragonese, Louis Gourbeix et Sabine Devieilhe, Johannes Stermann, Dorothea Spielger, Jean-Baptiste Moure t.

Opéra de Lyon, les 24, 26, 27, 28, 29 juin, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 9 juillet à 20h

0 826 305 325 – www.opera-lyon.com

Le 6 juillet à 21h30 le spectacle sera diffusé sur grand écran dans une douzaine de villes de France. Durée : 3h.

Photos Stofleth.JPG

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