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Critiques / Opéra & Classique

PASTORALE de Gérard Pesson

par Caroline Alexander

L’impossible mariage de la carpe et du lapin

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Les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions… Jean-Luc Choplin, patron du Châtelet a beau le savoir, il n’échappe pas au piège, lui qui rêve d’ouvrir son théâtre à toutes les formes, à les malaxer, le vieux avec le neuf, le classique avec les variétés. Après Les Vêpres de la Vierge psychédéliques qui ont donné la chair de poule à tous les amoureux de Monteverdi, c’est l’ambitieux projet de la création mondiale d’une œuvre contemporaine qui se casse le nez sur le mélange des genres.

La commande a pourtant été passée à un compositeur au savoir-faire rôdé, Gérard Pesson, un intellectuel raffiné de l’écriture musicale qui aime s’immerger dans les styles les plus divers, de Ravel aux sonorités happées dans la rue ou encore, comme ici, carrément dans ce que la télévision draine de plus populaire pour ne pas dire populiste, la télé-réalité et les enfants de sa « Star Ac ». L’improbable collage du genre avec L’Astrée le roman précieux d’Honoré d’Urfé (1607-1627), mis en livret à coups de phrases boursouflées qui se déroulent en sur-titrages sous le titre Pastorale génère un produit mal identifiable où les gamineries des protagonistes se fondent dans des sonorités qui ressemblent davantage à des bruitages qu’à de la musique de scène tandis certaines parties vocales se calquent sur l’incontournable référence debussyenne..

Le patchwork se poursuit avec une mise en scène signée Pierrick Sorin, plasticien vidéaste qui submerge le plateau de vidéos enregistrées ou prises en direct. Issu de la Star Academy le chorégraphe Kamel Ouali fait s’agiter et gigoter le petit monde des chanteurs, dont certains ont pourtant de vrais talents lyriques (Judith Gauthier/Astrée, Olivier Dumait/Céladon)

Quelques envolées joliment décalées

En mettant bout à bout un certain nombre de passages on aboutirait à trente minutes de vraie musique mais l’ensemble s’étire sur deux heures trente, quatre actes et 42 numéros de malentendus qui vident au-delà de l’entracte une bonne partie de la salle. Dommage pour Jean-Yves Ossonce qui, à la tête de son Orchestre symphonique de Région Centre-Tours, se donne un mal fou pour sauver les meubles et y réussit ici et là par quelques envolées joliment décalées.

Il y a décidément des unions impossibles : ce n’est pas cette Pastorale à la sauce télé qui prouvera que l’alliance de la carpe et du lapin peut faire un mariage heureux.

Pastorale de Gérard Pesson d’après l’Astrée de Honoré d’Urfé, livret de M. Kaltenecker, Philippe Beck et Gérard Pesson, orchestre symphonique de région Centre-Tours direction Jean-Yves Ossonce, chœur du Châtelet, mise en scène, vidéo, décors, costumes, lumières Pierrick Sorin, chorégraphie Kamel Ouali. Avec Judith Gauthier, Olivier Dumait, Ivan Geissler, Marc Labonnette, Pierre Doyen…

Paris – Théâtre du Châtelet – du 18 au 24 juin 2009

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Crédit Photographique : Public Domain - Marie-Noëlle Robert

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