Du 22 au 24 mai 2026 à Festival Théâtre en mai - Dijon- Bourgogne CDN.

Thésée, sa vie nouvelle d’après le roman de Camille de Toledo, conception et mise en scène de Valérie Dréville et Guy Cassiers.

Mieux se saisir du passé afin qu’il ne hante pas pernicieusement l’avenir.

Thésée, sa vie nouvelle d'après le roman de Camille de Toledo, conception et mise en scène de Valérie Dréville et Guy Cassiers.

Proposé par l’actrice française Valérie Dréville au metteur en scène flamand Guy Cassiers, Thésée, sa vie nouvelle est un monologue polyphonique à partir du roman de Camille de Toledo (2020). Suite au suicide de son frère et à la mort de ses parents peu après, l’auteur/narrateur Thésée est paralysé par un mal de dos.

« La mort d’un enfant, c’est de la détresse à l’état pur », écrit-il, pensant à sa mère : « tout est tombé, le silence, la vie coupée en deux, entre soi et ça… , tels deux continents qui s’écartent, et la vie est désormais maudite. »

L’auteur se dit aussi cerné par l’Histoire alors qu’il voulait ne plus en entendre parler, de même que l’origine juive de sa famille a été occultée, perdant le rituel de la prière dans la volonté farouche et éprouvante de devenir Français.

« Je ne laisserai pas le passé hanter l’avenir », écrit-il, voulant fuir les siens. Thésée part pour une vie nouvelle à Berlin, avec ses enfants et trois gros cartons d’archives familiales - lettres, emails, documents, photos …- qu’il n’ouvre pas. Or, acculé à ses interrogations personnelles lancinantes, il se penche sur les dossiers classés, enquêtant sur l’histoire familiale et l’Histoire européenne, pour « se saisir des souvenirs avant qu’ils ne se perdent ».

Le roman - récit documenté d’un voyage en Europe, et à l’intérieur de soi, poème et journal intime - est une enquête généalogique et poétique sur ce qui immobilise le corps de l’auteur, ce qui l’entraîne dans les strates de l’histoire européenne - des deux Guerres mondiales aux Trente glorieuses.

Père et mère, et grand-père - Gatsby et Esther, et Nathaniel - ont cru au sacro-saint « progrès » matériel, et à l’avenir d’un « capitalisme à visage humain » des années 1970/1980 - fausse promesse de bien-être et d’égalité sociale pour tous. Le modèle de réussite du grand-père - l’entrepreneur - tenait la famille en respect : les parents ont voulu l’égaler activement, s’oubliant, jusqu’à occulter l’image de toute défaite ou de tout échec, jusqu’à nier la vie privée et la vie familiale, jusqu’à ne plus s’aimer et mettre à distance le désir, la tendresse, la mort, la vérité existentielle, éludant la peur.

Or, le corps a une mémoire, entre l’eau et les roches ancestrales que le passé fait exploser, et la douleur correspond au réel, à la terre sous soi. Il faut ré-apprendre à respirer, à retrouver la prière, le sens, l’espoir, et s’immerger dans les premières années, les promenades à vélo, entre frères, les rires enfantins - l’élan de jeunes pousses qui s’apprêtent à goûter à la vie. Le texte erre dans le labyrinthe de l’existence « sous la menace du Minotaure qu’est l’Histoire », Thésée convoque les voix tues des ancêtres et interroge l’énigme de la transmission par le récit, l’auto-analyse, l’image et le poème.

Le metteur en scène et l’actrice, après la création d’une version française d’Antigone à Molenbeek & Tirésias, d’après le texte de Kae Tempest, renouvellent leur subtil attelage pour l’adaptation du roman, donnant à entendre la voix et la teneur de l’écriture des différents membres de la famille, qui prennent tour à tour la parole : la mère, le frère, le grand-père…

Valérie Dréville incarne un être hanté de voix et d’images dans un dispositif sonore et vidéo de Guy Cassiers : seule au centre du plateau tapissé des archives de l’auteur, elle porte la parole et la respiration d’une mémoire confuse mais éloquente, fabriquant des images significatives - dispositif vidéo en direct -, donnant vie aux multiples présences et ombres du roman musical.
Inventif et littéraire, le récit entremêle le passé et le présent, l’intime et la grande Histoire européenne, des deux guerres mondiales aux Trente Glorieuses, tentant de relier, de donner sens aux événements, telle la journaliste économique d’Esther, la mère, à la fois le témoin et l’une des voix : « Nous sommes les médiums de l’Histoire. » Pour mettre au jour les hantises de l’histoire européenne, les mensonges et les silences maintenus.

Un voyage mental intérieur en même temps qu’une promenade dans les mémoires d’un corps. Oeuvre tout autant intellectuelle et sensible que musicale et plastique : le visage de la comédienne chevauche les portraits familiaux, devenant mère, père, grand-père, frère, arrière-grand père, faisant réponse à son alter ego dans les photos de mariage, de vacances, de famille.

Une Europe aux histoires multiples et contradictoires entre la France et l’Allemagne, marquée par la présence de l’Algérie, de la Turquie, de l’histoire juive espagnole, des États-Unis... Tous, au-delà de la quête d’un nouveau lieu, d’une nouvelle ville, à différentes époques, sont en équilibre entre leur histoire, leurs nécessités, leurs idéaux et leurs convictions intimes.

Lutter toujours pour toucher à son propre équilibre introuvable et à sa liberté, sans oublier les ancêtres dont nous relevons et auxquels nous sommes redevables.
Valérie Dréville, toute émotion intense retenue, est admirable....

Thésée, sa vie nouvelle d’après le roman de Camille de Toledo, conception et mise en scène de Valérie Dréville et Guy Cassiers. Avec Valérie Dréville. Vidéo Bram Delafonteyne, son Jeroen Kenens, lumière Zélie Champeau. Du 22 au 24 mai 2026 à Festival Théâtre en mai - Dijon- Bourgogne CDN (21). Les 28 et 29 mai au TANDEM, Scène nationale Arras-Douai (62, 59). Du 12 au 24 juillet 2026, Festival d’Avignon, L’Autre Scène du Grand Avignon - Vedène (84).
Crédit photo : Claudia Ndebele, Théâtre Vidy-Lausanne.

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Véronique Hotte

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