Prokofiev et Berlioz à la Philharmonie de Paris le 20 mai

Hector et le loup

Daniel Harding juxtapose hardiment la Symphonie fantastique, œuvre d’une première maturité, avec la candeur voulue de Pierre et le loup.

Hector et le loup

NOUS AVIONS CONSERVÉ UN BON SOUVENIR de la soirée au cours de laquelle, en 2022, Daniel Harding avait abordé Roméo et Juliette de Berlioz à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Aussi l’annonce d’un nouveau concert avec le même chef, comportant de nouveau une œuvre de Berlioz, cette fois en compagnie de l’Orchestre de Paris, ne pouvait-elle que nous séduire. La disparition ou la mise à l’index de plusieurs chefs berlioziens d’envergure, ces dernières années, font qu’il est urgent que d’autres interprètes militants (car il ne suffit pas d’être convaincu pour défendre et illustrer Berlioz) prennent le relais. Certes, la Symphonie fantastique fait partie du répertoire, et le choix de cette œuvre par Daniel Harding n’était pas pour nous étonner, mais est-elle si souvent interprétée avec la précision, le souffle et l’esprit qui conviennent ? (Nos récentes expériences avec l’orchestre Les Siècles et avec Jean-Claude Casadesus sont éclairantes à cet égard.)

Étrangement, Daniel Harding avait choisi de faire précéder la symphonie de Berlioz par Pierre et le loup, le conte de Prokofiev – un mercredi soir à 20h, sans séance dans l’après-midi pour le jeune public, et sans qu’on voie très bien le lien entre les deux œuvres. Certes, il y a l’épisode de la Gorge aux loups dans Le Freischütz de Weber, œuvre que Berlioz aimait entre toutes, mais le rapport est vraiment trop lointain ; certes, la Symphonie fantastique est munie d’un programme qui raconte une histoire et se souvient des amours pré-adolescentes du compositeur ; certes, on peut partir du principe que Berlioz a tout inventé et que toute œuvre composée après lui a subi son influence. Certes… Ne cherchons pas plus loin. À la Philharmonie de Paris, c’est Amira Casar qui est la récitante – mais on lui a demandé de ne pas dire la partie introductive, au cours de laquelle sont présentés les personnages et les instruments qui les représentent : on suppose que le public, forcément connaisseur, n’a pas besoin de ce petit exposé pédagogique. La comédienne dit le texte dans un microphone, sans conviction particulière, avec un orchestre un peu trop fourni ; la Philharmonie est-elle le lieu idéal pour ce conte musical qui exige légèreté, proximité, complicité ?

Histoires d’écho et de vibrato

Au moins Daniel Harding a-t-il eu la bonne idée de répartir, à sa gauche et à sa droite, les violons I et les violons II. Dès le début de la Fantastique, on se dit que ce choix est le bon, qu’il va de soi, tant le dialogue entre les deux pupitres respire et prend une singulière éloquence. Les cordes, d’ailleurs, par leur nombre et leur plénitude, mènent la danse, les altos eux-mêmes tirent leur épingle du jeu de la disposition, à cette réserve près que les deux harpes (on en voudrait au moins quatre, dans une pareille salle) semblent un peu perdues, à la droite de l’orchestre. De même le cornet à piston dans le Bal (Berlioz a prévu cette option, facultative, retenue ici par Daniel Harding), qu’on voit plus qu’on l’entend. Les bois ont la sonorité d’aujourd’hui, sans le fruité des instruments du XIXe siècle, mais les musiciens sont bien sûr irréprochables ; une mention en particulier pour le cor anglais, qui ne cherche pas à jouer du vibrato et aborde son ranz des vaches avec simplicité et un son plein. Un mot également sur les cloches, qui viennent de l’arrière mais qui, à certaines places, produisent un effet d’écho.

Daniel Harding a fait le choix d’une lecture nerveuse, contrastée, lyrique, même si on eût aimé des cuivres plus mordants, d’une sonorité moins léchée. Ses tempos sont tenus, et les intentions qu’il met dans sa direction montrent qu’il a réfléchi à la partition, sans pour autant l’inscrire dans une quelconque généalogie (les instruments, on l’a dit, le lui interdiraient) ou en faire une symphonie germanique tardive. La Fantastique reste un objet singulier, avec ses folies et ses trouvailles hors du temps. On attend maintenant que Daniel Harding nous offre un Berlioz à la tête d’un orchestre composé d’instruments historiques.

Illustration : Daniel Harding (photo Julian Hargreaves)

Prokofiev : Pierre et le loup – Berlioz : Symphonie fantastique. NN, récitant ; Orchestre de Paris, dir. Daniel Harding. Philharmonie de Paris, 20 mai 2026. Ce concert est redoublé le 21 mai.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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