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Critiques / Théâtre

Castellucci au Printemps des comédiens

par Gilles Costaz

Un Italien dans une Amérique fantasmée

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Le Printemps des comédiens a commencé le 30 mai (voir l’article de Dominique Darzacq : les festivals de l’été, 12 juin). Dirigé par Jean Varela, c’est l’une des grandes manifestations françaises. Après le passage du théâtre du Soleil avec Une chambre en Inde, l’un des événements les plus attendus était le nouveau spectacle de Romeo Castellucci, Democracy in America, qui a été créé à Anvers et ne sera donné en région parisienne que la saison prochaine. On n’aime ou n’aime pas Castellucci dont le propos est parfois aussi obscur que ses images sont saisissantes. C’est une fois encore un théâtre de la cruauté qu’il déploie en partant de Tocqueville et de son récit de 1832, De la démocratie en Amérique. En réalité, Tocqueville est juste un prétexte, un moyen de prendre à contrepied l’idéologie libérale et de peindre un tableau des Etats-Unis confrontés à des figurations d’autres civilisations et à des songeries fantasmées. Tout transcrit et transpire l’autorité militaire et religieuse, le débat souffrant de l’être humain nu et écrasé par la collectivité, en une succession de scènes hétéroclites : des soldats blancs jouant avec les lettres des mots qu’ils portent sur leurs étendards (« democracy » devient « tragedy », notamment), la vie d’un couple de croyants évangélistes débattant sur le principe du vol, des femmes dévêtues cernées par des groupes dansant, des Indiens d’Amérique dialoguant sur la force du mot. Tantôt l’image est crue, tantôt elle passe par une série de filtres visuels qui la rendent trouble et énigmatique. On s’agace et l’on est subjugué.
Nous avons eu également l’occasion de voir le spectacle présenté par les acteurs sortant de l’Ecole normale supérieure d’art dramatique, Les Restes, écrit et mis en scène par Charly Breton : une tentative ratée de transformer l’argot, la vulgarité, les gestes sexuels, la contestation en œuvre d’art. Et un bel exercice circassien, Fall Fell Fallen #S, par le Lonely Circus où un équilibriste, Sébastien Le Guen, et un musicien électro, Jérôme Hoffmann, jouent en parallèle sur une sorte de jetée en bois : les sons modernes et l’art archaïque du funambule sont à l’image de ce festival ouvert à toutes les formes du spectacle.

Printemps des comédiens, Domaine département d’O, Montpellier. Tél. : 04 67 63 66 86, jusqu’au 1er juillet. (Democracy in America, dont les représentations se sont achevées à Montpellier le 17 juin, sera repris à la MC 93, Bobigny, du 12 au 22 octobre).

Photo Marie-Clauzade, Printemps des comédiens.

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