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Critiques / Théâtre

Camille C.

par Stéphane Bugat

Les limites de l’exercice

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Susciter la curiosité en abordant certaines passions mythiques, c’est aussi prendre le risque de ne pas être à la hauteur de l’intention. Avec la relation entre Camille Claudel et Rodin, il y a ainsi de quoi se brûler les ailes. Camille C. voulait tout, tout ce que son talent et son tempérament lui inspiraient : la reconnaissance de son œuvre de sculptrice, l’amour unique, total et absolu de son maître et amant, Rodin. Camille Claudel avait simplement oublié un détail : les hommes sont peu de choses, la frilosité et la mesquinerie leur collent à la peau. Face à sa démesure sentimentale, ils n’ont ainsi pas hésité à l’enfermer chez les fous. À elle la déchéance, à eux la mauvaise conscience.

Un Rodin totalement dépourvu de charisme

C’est en homme-orchestre que Jonathan Kerr a voulu porter Camille C. à la scène, sous la forme d’une comédie musicale. Il signe le texte, les paroles, la musique et il s’est réservé le rôle de Rodin. Or, il n’est convaincant dans aucun de ces registres.
Le texte use de raccourcis qui rendent quelque peu caricaturale l’évolution psychologique des personnages. Quant aux chansons, les paroles relèvent d’une poésie de pacotille et les musiques manquent cruellement de souffle, même si elles cherchent l’inspiration du côté des airs populaires d’antan ou encore du côté des standards de Kurt Weil. Et que dire de l’interprète Kerr qui compose un Rodin sans doute bien de sa personne mais totalement dépourvu de charisme. Ses partenaires ne sont d’ailleurs guère plus remarquables. Sophie Tellier - pour n’évoquer qu’elle - voudrait-elle nous faire croire que Camille n’était qu’une jeune femme charmante et terriblement capricieuse ? Paradoxalement, dans cette petite troupe, Annick Cisarik (Camille âgée), qui est la seule à révéler un véritable registre - en particulier vocalement - est celle que l’on voit le moins.

Une atmosphère intimiste

On réalise qu’il y avait là tout ce qu’il faut pour conduire à la catastrophe. Ce n’est pourtant pas le cas. L’explication ? La mise en scène de Jean-Luc Moreau, dont le savoir faire n’est plus à démontrer. Probablement lucide sur les limites de son dispositif, il installe son petit monde dans une atmosphère intimiste qui convient parfaitement au cadre simple et douillet du Théâtre de l’œuvre. Rien à voir, heureusement, avec les grandes machineries pré-fabriquées qui prolifèrent actuellement sous le label de la comédie musicale. On devine aussi qu’il a imposé toute la retenue possible à des interprètes qui rêvaient probablement de performances bien au-dessus de leurs capacités. C’était encore le meilleur moyen d’éviter les couacs trop flagrants. Et puis, Jean-Luc Moreau ponctue la représentation de quelques idées astucieuses, par exemple celle consistant à faire figurer les œuvres que Camille élabore par un modèle vivant (à moins que ce ne soit une danseuse). Du coup, si l’on accepte les limites de l’exercice, on passe une soirée plaisante à défaut d’être étincelante, plongés dans une histoire à la fois magnifique et pathétique.

Camille C. Textes, paroles et musique de Jonathan Kerr, mise en scène de Jean-Luc Moreau, avec Annick Cisaruk, Vincent Heden, Jonathan Kerr et Sophie Tellier, avec la participation de Cecilia Bengolea. Théâtre de l’œuvre. Tél : 01 44 53 88 80.

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1 Message

  • > Camille C. 4 février 2005 00:00, par trystan

    Cher Stéphane, tout à fait d’accord avec votre papier. Vous résumez très bien ce que l’on ressent en sortant du spectacle.
    Néanmoins, juste une petite remarque :
    Vous dites que Jonathan Kerr n’a aucun charisme, ce qui est tout à fait vrai. Mais n’avez-vous l’impression de dire vrai quand il s’agit d’un comédien peu connu et d’être largement plus cool quand la notoriété est plus étendu ?.

    Dans Amadeus, votre collaboratrice encense Lorant Deutsch. Or celui-ci n’a pas plus de charisme qu’un paquet de lessive, ce qui ne l’empêche nullement de coller le merveilleux Jean Piat au moment des applaudissements, empêchant ainsi les spectateurs de faire à l’acteur le triomphe qu’il mérite.
    Enfin, pour finir sur Camille C. vous auriez pu noter que Vincent Heden avait lui, l’avantage d’être très présent et de faire preuve d’un charisme certain.

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