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Critiques / Théâtre

Arlequin valet de deux maîtres de Carlo Goldoni

par Gilles Costaz

Tout le vocabulaire du « teatro comico »

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Aimant l’argent et la mangeaille, Arlequin prend deux charges à la fois : il est à temps plein le domestique d’une riche femme de Venise et, toujours à plein temps, le laquais d’un riche bourgeois fortuné. Ses fonctions deviennent rapidement intenables, et les gaffes multiples. Jusqu’à ce que les deux maîtres s’aperçoivent qu’ils ont pris à leur service une seule et même personne… La scène la plus célèbre place Arlequin dans un exercice périlleux : il doit donner à manger à ses deux employeurs en même temps en deux endroits différents ; il mélange plats et couverts, comme il mêlait les lettres du courrier qu’on lui demandait de porter.

Giorgio Strehler fit une mise en scène historique, ou plutôt plusieurs variations d’une mise en scène célèbre de cette pièce où, une fois n’est pas coutume, Goldoni reprend quelques personnages de cette commedia dell’arte qu’il avait en horreur. Attilio Maggiulli est un disciple de Strehler. Il y a même pas mal d’années, le pape du théâtre italien lui avait dit : « Un jour, tu monteras ton Arlequin, mais il faudra que ton Arlequin soit jeune, très jeune, afin de faire oublier mon interprète, Ferruccio Solieri. » C’est le parti pris qu’a adopté Maggiulli : en Arlequin, Emmanuel Besnault, dix-neuf ans, est gracile et dansant. Il pourra surprendre car on est habitué à des Arlequins patauds et lourdauds. Celui-là est toujours en mouvement, comme cherchant à atteindre la légèreté que l’image d’Arlequin possède dans les estampes. Il l’atteint avec juvénilité. Ses partenaires sont plus terriens et plus porteurs de cruauté, notamment les remarquables Hélène Lestrade et David Clair.
Maggiulli semble avoir voulu utiliser tous les vocabulaires du théâtre comique à l’italienne : jeux avec les masques, jeux avec le public, travestissements, allusions à l’actualité, jeux de mots, chansons, chutes, actions simultanées… Dans un très beau trompe-l’œil, ce n’est plus seulement une pièce hilarante mais une leçon de « teatro comico ».

Arlequin valet de deux maîtres de Carlo Goldoni, adaptation et mise en scène d’Attilio Maggiulli, décor de Stéphane Vuarnet, masques de Thierry Graviou, , lumière de Gilles Thomas, avec Hélène Lestrade, David Clair, Jean-Jacques Pivert, Manon Barthélémy, Georges Cotillard, Caroline Riche, Emmanuel Besnault, Marie-Laure Bouret (musicienne). Comédie italienne, tél. : 01 43 21 22 22, jusqu’au 30 juin, puis reprise en septembre. (Durée : 1 h 40).

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