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Alain Gautré, mort d’un clown

par Gilles Costaz

Auteur, acteur et metteur en scène, il s’est éteint à l’âge de 65 ans.

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Dans les années 70-80, une certaine compagnie dite du Chapeau rouge semait partout un rire critique et perturbateur. Il y avait là Catherine Frot, Pierre Pradinas, Jean-Pierre Darroussin et, parmi les fondateurs, Alain Gautré qui était le l’auteur ou le co-auteur des pièces représentées, Place de Breteuil, Babylone, Gevrey-Chambertin. Gautré, un jour, prit sa liberté. S’il continua à donner d’autres pièces dans d’autres circuits, comme Chef-lieu (sur le Front national, monté par Jean-Claude Fall), il refusa toujours la tour d’ivoire de l’écrivain, mais plongea différemment, avec d’autres partenaires, dans l’aventure collective du théâtre. Au moment où il mettait en scène sa comédie La-Chapelle-en-Brie, jouée par Jean-Pierre Darroussin, au Rond-Point, en 2009, il nous parlait du terme d’auteur qu’il relativisait. Clown en même temps qu’acteur (il a été formé chez Jacques Lecocq, ce qui fut essentiel dans sa vie), il connaissait toutes les facettes du spectacle et ne voulait situer l’écriture que dans un ensemble de composantes essentielles.
« Je me méfie du mot auteur, disait-il en 2009. J’ai derrière moi 25 mises en scène et 26 pièces. Dans les pièces, je compte des spectacles de clowns ou Siège que j’ai conçu pour le Théâtre du mouvement et qui ne comporte pas un mot. Je ne suis pas auteur mais juste quelqu’un qui songe au théâtre. Dans cet art, il y a deux personnes fondamentales : l’acteur et le spectateur. Je suis à leur service. Le théâtre, ce n’est pas seulement le texte. Je suis un bateleur philosophe. Il est évident que, si j’avais commencé il y a dix ans, j’aurais fait du théâtre de rue. Personne ne dit plus qu’il est vilarien, dans l’esprit de Jean Vilar. Moi, je reste fidèle à cette démarche. Je fais du théâtre qui s’adresse à tout le monde et je veux faire venir au théâtre ceux qui n’y vont pas. »
Lorsqu’on lui demandait néanmoins de préciser le chemin parcouru entre les premières pièces et les nouvelles, il pensait qu’il n’a guère changé d’inspiration. « Place de Breteuil, c’était une pièce désespérée sur des gens qui n’arrivent pas à changer et à se situer. Je continue à parler de la même chose. La Société des auteurs vous demande d’indiquer le genre de chaque pièce. La première fois, j’ai écrit : tragédie burlesque, et je continue. Je fais une sorte de théâtre élisabéthain où il y a de la noirceur, de la comédie, du trivial, du philosophique, de l’épique, du quotidien. » De La Chapelle-en-Brie, où il fait se retrouver quatre frères longtemps séparés par la vie, il dit : « C’est sous l’influence de Tchekhov et du western. Le portrait d’un égoïste et de la droite ordinaire à travers une fratrie. » Et de Impasse des anges : « C’est une pièce sur le sexe, mais pas érotique. Le sexe est partout à présent, les gens se cherchent dans le sexe, il y a du politique et de l’économique dans le sexe. L’intime est contaminé par le sexe. »
Au Rond-Point, Alain Gautré se sentait bien, « chez Jean-Michel Ribes, dans la tribu des fantaisistes qui essaient de parler de choses graves ». Mais, avec sa compagnie Tutti Troppo, il travaillait beaucoup dans les marges. Il avait fait un admirable Avare, donné à la Tempête en 2006. « Je reviens toujours à Molière, disait-il. Par goût du drôle et du désespéré ». Il montait Molière en clown et il se disait clown. Sur les maîtres du genre, de Chaplin à Grock, il était incollable et il avait fait un merveilleux show, Le Gai Savoir du clown, qui était un exposé savant traversé de gags. Cet hommage à l’art du clown, il l’a beaucoup joué et tourné. Ce fut son dernier spectacle et cela devient son testament. Un testament hilarant : un appel à rire dans la beauté des gestes.
Il vient de mourir, brutalement, à 65 ans, ce personnage farceur et solidaire (il avait participé à la création des Ecrivains associés du théâtre). Un cancer foudroyant l’a terrassé. On venait de voir son nom dans la liste des collaborateurs du spectacle d’Hubert Colas, Une mouette et autres cas d’espèce : « Travail autour du clown : Alain Gautré ». Son ultime clownerie. Ses amis ne recevront plus, par sms, ses poisssons du 1er avril où il vous proposait, par exemple, un poste de conseiller des arts burlesques au Qatar. Sans Alain Gautré, le monde est devenu trop sérieux.

Photo DR. Les textes d’Alain Gautré ont paru chez Actes Sud Papiers, L’Avant-Scène Théâtre, Théâtrales et différents éditeurs.

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1 Message

  • quel choc, Gautré perdu de vu des années et retrouvé pour apprendre sa mort.
    j’étais jeune prof en poste à Avignon et j’écrivais pour le journal la Marseillaise ..le Off naissait en juillet à l’ ombre du In de jean Vilar. Dans une de ces petites rues d’Avignon proche des halles, une bande de comédiens ont monté le théâtre du chapeau rouge, Gautré était parmi eux...j’adoraisx son air émerveillé, -sa gentillesse . j’ai aimé son spectacle, On discutait beaucoup puis il a dsiparu de ma vie mais je ne l’ai jamais oublié. Au détour de la lecture d’un spectacle en préparant le festival d’Avignon, j’écoute un entretien sur you tube le concernant , intéressé je poursuis et tombe sur un texte m’apprenant sa mort....je me réjouissais de reprendre contact avec lui !!!!!!! salut Alain à bientôt.

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