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Les danseuses Sylvie Guillem et Aurélie Dupont se retirent

par Yves Bourgade

Crépuscule de Déesses

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En cette année 2015, deux étoiles françaises de la danse, produits de l’Ecole de danse et du Ballet de l’Opéra de Paris, Sylvie Guillem et Aurélie Dupont, ont décidé sagement de mettre un terme à leur carrière d’interprète. C’est chose faite pour Aurélie Dupont depuis le 18 mai dernier . Ce sera effectif pour Sylvie Guillem après une ultime tournée qui a commencé à Moscou fin juin et se poursuit, notamment, aux Nuits de Fourvière à Lyon, puis dans une douzaine de pays, jusqu’à un tour dans une dizaine de villes du Japon du 10 au 28 décembre 2015.

Une époque s’achève. On ne peut pas en effet, en évoquant les retraites de ces deux artistes adulées à différents titres, d’avoir une poussée de nostalgie, si l’on se souvient en outre, de la mort début mai à 89 ans de la Russe Maïa Plissetskaïa. Cette dernière, « prima ballerina assoluta » a enthousiasmé les foules de l’URSS et de l’Occidentavec ses seuls bras et entra de son vivant dans la légende de la danse, et fut même capable de se produire encore l’année de ses 80 ans.

A 50 ans depuis 23 février, Sylvie Guillem se retire sans savoir vraiment ce qu’elle va faire : selon ses diverses déclaration, en tous les cas pas d’enseignement, ni la direction d’une compagnie, peut-être du théâtre, surement la poursuite d’une mobilisation autour de la sauvegarde des océans. Elle continue à se fier à son instinct, à sa curiosité.

Aurélie Dupont s’éloigne de la scène, comme interprète, à 42 ans depuis le 15 janvier (l’âge de la retraite pour les danseurs), mais pas de l’Opéra de Paris dont elle devient un des maîtres de ballet, à la demande du nouveau directeur de la danse depuis cette saison le Français Benjamin Millepied, dont elle a créé la chorégraphie de son Daphnis et Chloé (rôle de Chloé).

Ce qui caractérise et ce qu’ont en commun ces deux interprètes, c’est la variété de leurs répertoires. Sylvie Guillem au départ avait un avantage : une morphologie du pied qui lui permettait des miracles et une souplesse corporelle acquise grâce à une première formation de gymnaste avant son entrée à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris. En revanche Aurélie Dupont, technicienne hors pair, a dû surmonter une fracture au cartilage d’un genou qui l’obligea à se faire opérer en 1999, l’année qui a suivi sa nomination d’étoile. Pour un danseur, homme ou femme, ce type d’accident, l’oblige à changer de technique, de style. Aucun problème de ce type pour Sylvie Guillem qui, après avoir dansé le double rôle d‘Odette/Odile du Lac des cygnes était nommée étoile le 29 décembre 1984 à 19 ans par Rudolf Noureev, lequel avait flairé qu’il était en face d’une artiste d’exception. Cinq jours seulement auparavant, elle venait d’être promue première danseuse lors de l’examen annuel du Ballet de l’Opéra de Paris. C’était dans l’histoire de la maison la plus jeune étoile ainsi nommée.
Dotée d’un fort caractère, Sylvie Guillem devait rapidement se fâcher avec Noureev et quitter, en 1989, sa compagnie d’origine pour une carrière internationale et une implantation au Royal Ballet de Londres comme étoile invitée permanente, puis à partir de 2006 au Sadler’s Wells de Londres comme soliste. Son goût pour les nouvelles aventures l’amena pendant cette période à collaborer pour des créations avec des chorégraphes majeurs et novateurs comme en témoigne le programme de sa dernière tournée. Le titre de ce programme est explicite : Life in Progress. On y trouve deux créations, un Pas de deux d’un complice de longue date le Britannique Russell Maliphant avec la ballerine de la Scala de Milan Emanuela Montanari et Techne du Britannique originaire du Bangladesh Akram Khan. Elle reprend également Bye, variations sur le passé et l’avenir d’un autre ami le Suédois Mats Ek et a programmé un duo masculin en hommage à l’Américain William Forsythe pour lequel elle a beaucoup dansé.
En restant à l’Opéra de Paris, Aurélie Dupont tout en servant le grand répertoire classique et néo-classique (de Petipa à Béjart en passant par Balanchine, Robbins, Fokine, Lifar, etc), a pu travailler et être appréciée des plus grands chorégraphes alors vivants de la danse : deux Allemandes Pina Bausch (qui brisa chez elle le carcan académique et sollicita sa sensibilité avec son Sacre du printemps ) et Sacha Waltz (Roméo et Juliette), ainsi que le Japonais Saburo Teshigawara dont elle a adhéré à la recherche de pureté dans le mouvement dans Sleep et pour Darkness is Hiding Black Horses. Elle a fait ses adieux à la scène du Palais Garnier en interprétant le rôle-titre de L’histoire de Manon du très classique britannique Kenneth MacMillan. Cette soirée a d’ailleurs été filmée par FR3 avec l’ovation finale du public, une dernière fois sensible à cette artiste soucieuse surtout de mettre la technique au service de l’expression.

« Life in Progress » :
- Nuits de Fourvières à Lyon 29 et 30 juin, 1er et 2 juillet 2015, 22H,
34 euros
- Paris : Théâtre des Champs-Elysées 17, 18, 19 septembre 2015, 20H et 19 septembre 17H, 15 à 110 euros.

Photos : Sylvie Guillem ©Bill Cooper - Aurélie Dupont ©Amelia Bauer

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