Vive Bouchon ! de Jean Dell et Gérald Sibleyras

Les champions de la corruption

Vive Bouchon ! de Jean Dell et Gérald Sibleyras

Bouchon ? Connaissez-vous Bouchon, la commune de Bouchon ? Non. Personne ne connaît. La ville est à peu près invisible sur la carte de France. Mais, géré par un maire aigrefin, ce serait l’une des agglomérations françaises qui touchent le plus de subventions européennes. Au titre des écoles, de la viande bovine et même de la production de bananes, Bouchon, la ville imaginaire et imaginée par Dell et Sibleyras reçoit des millions d’euros de la Communauté étoilée. Les habitants s’y ennuient et, par conséquent, s’en vont. Il ne reste que quelques personnes autour du maire à profiter de la manne. Un jour, un fax de Bruxelles arrive en grésillant à la mairie, et, peu après, un délégué de la Commission surgit en chair et en os. Le pot aux roses et aux millions est découvert. Comment s’en sortir ? Si Bouchon obtenait son indépendance pour vivre en vase clos et ne pas payer ses milliards de dettes ?
C’est une blague énorme, bien sûr, comme aiment en entendre les déçus de la politique. Cela repose sur l’idée classique de « tous pourris », qui est évidemment un peu hâtive. Mais, cette fois, on s’amuse fort. La pièce ne nous avait pas convaincu à la création il y a quelques années. Dans la mise en scène d’Eric Laugiéras, avec quelques allusions à l’actualité ajoutés par Jean Dell et Gérald Sibleyras, qui sont de très bons auteurs de comédie, ça fonctionne comme un parfait stand de tir. Laugérias met le bouchon là où il doit être, en le poussant ni trop loin, ni trop près. Là où la blague porte son fonds de vérité populaire. Les acteurs sont dans la netteté comique de leur personnage et tiennent leur jeu franc jusqu’au bout de la farce. Yvan Le Bolloc’h a un bel aplomb, stylé et nerveux, en maire digne et néanmoins crapuleux. Nathalie Corré campe l’assistante du maire avec une drôlerie malicieuse. Julien Cafaro sait composer un délégué européen qui synthétise finement en un seul homme pas mal de nos hommes politiques. Sébastien Pierre, en faux ado (car son personnage triche sur son âge), est idéalement dans l’esprit bouffon du Splendid. Ici, la pinte de rire vengeur est tout à fait mousseuse.

Vive Bouchon ! de Jean Dell et Gérald Sibleyras, mise en scène d’Eric Laugérias, décor de Stef & Co, costumes de Noémie Reymond, lumières de Mathieu Le Cuffec,
avec Yvan Le Bolloc’h, Julien Cafaro, Nathalie Corré et Sébastien Pierre.

Le Splendid, 21 h, tél. : 01 42 08 21 93. (Durée : 1 h 50).

Photo Charlotte Spillemaecker.

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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