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Critiques / Théâtre

Vingtième nuit des Molière

par Marie-Laure Atinault

Au cœur de la cérémonie

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A votre avis, quel est le bâtiment le mieux gardé de France ? Le Palais de l’Elysée, la Banque de France, la garçonnière de Sarkozy ? Non ! Le lundi 24 avril, l’endroit le mieux gardé de France est le Théâtre Mogador. Craint-on des attentats terroristes, des retardataires du CPE ? Non, seulement une horde d’intermittents. L’intermittent est très dangereux, un vrai parasite des ondes hertziennes. Les invités, eux, doivent d’abord pénétrer dans le périmètre de sécurité. Il faut pour cela montrer patte blanche, à savoir une invitation nominative et une pièce d’identité. Nous avons échappé à la prise d’empreinte digitale et au fond d’œil. Ouf !

Le Saint des Saints frétille de l’agitation des grandes premières. Défilé de vedettes en robe du soir et smoking, petit concours d’élégance entre ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne cèdent pas au smoking. Lorsque l’on assiste à ce genre de cérémonie, il est très instructif de voir ce que la caméra ne vous montre pas : le ballet des photographes, les prompteurs au fond de la salle, les agents de sécurité qui gardent la scène jusqu’au début de la retransmission et qui se replieront sur les côtés hors cadrage des caméras. Une vraie garde prétorienne.

Des Molière à la va-vite

La fête du Théâtre peut commencer. La grande famille réconciliée, théâtre privé et théâtre public, mano dans la mano, regarde dans la même direction : celle du public.
La soirée débute par un film de montage avec Saint-Jouvet, Saint-Vilar, Saint-Vitez. Jacques Weber, président de la soirée, se lance dans l’arène tel un taureau connaissant la muleta mieux que le toréador, il présente Karine Lemarchand, la maîtresse de cérémonie. Cette jolie jeune femme a été choisie par France Télévision. Elle est connue pour ne pas être une spécialiste du monde théâtral et ne risque pas de faire de l’humour hors prompteur, Laurent Ruquier ayant fait scandale l’an passé avec ses plaisanteries.
Le premier couple de remettant, Patrick Chesnais et Evelyne Buyle ouvrent le bal. L’humour est laborieux.

Jacques Sereys est justement récompensé pour Du côté de chez Proust. Sa joie fait plaisir à voir, comme celle de Roger Dumas pour Moins Deux. Danièle Lebrun, dans la catégorie second rôle pour la mère de l’impossible professeur Higgins de Pygmalion, réussit l’exploit de ne citer ni ses partenaires ni le théâtre Comédia. Judith Magre, elle, remporte le prix du remerciement le plus court, le plus simple et le plus ému pour Histoires d’hommes. Par souci du timing, certaines remises de Molière sont filmées. Des Molière à la va-vite, c’est faire peu de cas des décorateurs-scénographes et des lumières. Stephan Wojtowics est récompensé par sa Sainte-Catherine et n’hésite pas à faire partager son bonheur .

Faire rire ce n’est pas sérieux !

Fanny Cottençon et Didier Sandre viennent à leur tour remettre des Molière. Ils offrent leur lot d’élégance. Le grand prix spécial du théâtre public en Région revient à l’excellent Mort de Danton de Georg Bückner, dans la mise en scène de Jean-François Sivadier. Nicolas Bouchaud, interprète de Danton, vient de recevoir le prix. Avec son discours court et pertinent, il fait passer le message de la Culture en danger et du statut des intermittents. Normal pour un révolutionnaire ! Il reçoit une véritable ovation. Un peu d’humour avec Marilou Berry qui reçoit le Molière de la révélation féminine pour Toc-Toc et qui prend une photo du public pour son partenaire Daniel Russo en convalescence. Et enfin la grâce avec James Thiérrée qui reçoit trois Molière pour son époustouflante Symphonie du Haneton. Il nous offre un moment de pur bonheur avec un sketch simple et aérien. Tout au long de la soirée nous revoyons des moments choisis de ces vingt ans de Molière : la déclinaison du rire avec Devos, Bedos, Lemercier, les Inconnus, Gerra, Shirley et Dino ; c’est-à-dire des artistes qui ne seront plus distingués par un Molière puisque la catégorie a été supprimée : faire rire ce n’est pas sérieux ! Nous voyons également Francis Perrin, Jacqueline Maillan, Dary Cowl, des artistes qui n’ont plus le droit de cité et d’être cité puisque le Molière « pièce comique » a été supprimé. Gérard Maro a bien expliqué, lors de la conférence de presse qui a eu lieu à France Télévision, que les artistes de One Man Show ne font pas vraiment partie de la famille et que la catégorie « pièce comique » n’était pas judicieuse. Cette catégorie offenserait-elle le théâtre public ?

Ne penser qu’au public

Il faut signaler les progrès très nets de cette édition 2006. La soirée était nettement moins ennuyeuse sous la houlette de Jérôme Revon que sous celle de Serge Moati. Mais à l’avenir, il faudra impérativement pouvoir présenter tous les nominés, ce qui est capital pour certains spectacles qui attirent peu les médias comme le charmant Samuel dans l’Île, passé à la trappe des nominés oubliés par Fanny Cottençon... On récompense des spectacles et ce que nous voyons n’a rien de spectaculaire.
Les Molière ont leurs détracteurs, mais cette soirée en prime time est importante pour le théâtre. Mis à part qu’elle donne bonne conscience culturelle au service public, elle permet au grand public de voir un autre aspect du spectacle. Ce grand public qui ne comprend ni le combat des intermittents, ni le débat théâtre privé-théâtre public. Il ne voit que le désir ou le non désir de se rendre dans telle ou telle salle. Il faudrait tout simplement penser à ce public et lui donner ce désir-là en lui offrant un vrai magazine télévisé sur le théâtre. Et qu’importe que le théâtre soit public ou privé, le plus important ce sont les hommes et les femmes qui croient en la magie des planches.

Réalisation : Jérôme Revon. Président d’Honneur : Jacques Weber. Animé par Karine Lemarchand. En direct du Théâtre Mogador. Diffusé par France Télévision.

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