Velvet de Nathalie Béasse

Du théâtre comme définition du théâtre

Velvet de Nathalie Béasse

Le spectateur de théâtre ne se pose pas nécessairement la question de savoir ce qu’est le théâtre. Y prendre du plaisir est pour lui l’essentiel. Nathalie Béasse l’invite à y réfléchir en y goûtant le même plaisir.

Vous entrez dans une salle et vous vous installez en compagnie d’un public plus ou moins nombreux. Devant vous, il y a la scène où se trouveront tout à l’heure des acteurs visibles et sans doute, dans les coulisses, des machinistes invisibles. Il y a aura aussi un décor que vous vous efforcez d’imaginer puisque, entre vous et l’espace scénique, un rideau vous cache momentanément tout ce qu’il pourrait y avoir derrière.

La brève annonce verbale à propos des téléphones à débrancher amorce le début de la représentation. Vous vous préparez. Vous ignorez à ce moment-là que Nathalie Béasse vous a préparé une surprise de taille. Le personnage principal de la pièce est le rideau. La metteuse en scène ne va pas vous raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin plus ou moins heureuse. Par contre, elle vous mettra face à la démonstration vécue en actions des possibilités offertes par la pratique de l’art dramatique.

Une bande son s’installe à peine audible. Son volume grandit. Vous percevez une cavalcade au galop. Vous évoquez une étendue, des cavaliers, un galop échevelé. Silence. Des interprètes surgissent et disparaissent successivement de derrière le rideau, s’installent à l’avant-scène le temps pour vous de détailler leur habillement, leur gestuelle, percevoir la symbolique, accepter l’absurde de l’onirique.

Comédienne et acteurs sont devenus des personnages costumés et grimés en solo ou à plusieurs. S’ils se mettent à parler ce n’est pas forcément dans une langue que vous connaissez et cependant leur présence est telle que vous resterez en attention à ce qui est dit. Voilà qui appartient au pouvoir d’illusion du spectacle vivant.

Une fois ouvert, le rideau laisse paraitre un vaste espace béant. Des espaces plus restreints sont délimités par d’autres rideaux suspendus à des pendrillons selon des hauteurs variées ; leur matière est de tissus aux textures diverses, plus ou moins opaques, de couleurs unies ou à motifs, drapés ou non.

Selon les moments, ils montent, descendent, se figent, rétrécissent ou accroissent l’emplacement. Quelques-uns des pendrillons arborent des pans de décors figuratifs (nuages, paysages, intérieurs…). Tout est là pour définir des zones où des choses et des protagonistes se dissimulent ou se dévoilent, perpétuel jeu entre visible et invisible, présence et absence.

Régisseur et interprètes manipulent des praticables, les installent ou les déplacent. Se construit, par exemple, une sorte de nature morte aux animaux empaillés, typiques d’une séquence. Des tensions et des détentes se relaient. Des étonnements s’invitent. Des gags visuels autant que des paroles parodiques suscitent l’hilarité. Des éclairages modifient la coloration des êtres et des accessoires, l’atmosphère des lieux.

Il y aura eu les mots de la voix. Soliloque, discours, dialogue, chant. Il y aura eu les vêtements de l’identité, des rôles à endosser, de la simulation, de la protection, du déguisement. Il y aura eu les corps du geste, du signe, de la danse, de la marche, du tendre et de la violence, de l’efficacité au travail, de l’imaginaire à suggérer.

Il y aura eu tout ce textile disert : obstacle, cachette, ciel, linceul, vague déferlante, refuge, protection, toile picturale, prolongement voire substitut anatomiques, ornement, marqueur social si pas indicateur événementiel, balise territoriale…

En un peu plus d’une heure, tout le théâtre inventorié, démontré, mis à nu et rhabillé, pimenté d’une pincée de surréalisme. Étalé sans théorie. Démystifié et magnifié parce que mis en scène donc incarné à égalité par les gens accoutumés à la lumière du plateau ainsi que par ceux qui œuvrent dans l’ombre des coulisses et des cintres.

Durée : 1h10
Dès 15 ans
07-08.03.2025 La Condition publique (Rose des Vents) Roubaix
En tournée : 23>26.05.2025 Dijon Festival Théâtre en Mai

Conception, mise en scène, scénographie : Nathalie Béasse. Distribution : Etienne Fague, Clément Goupille, Aimée-Rose Rich . Musique : Julien Parsy. Lumière Natalie Gallard. Régie lumière Loïs Bonte, Clément Goupille. Régie son : Romain Darracq. Régie générale : Pascal Da Rosa. Construction : Philippe Ragot. Chargé de production/diffusion : Cédric Chéreau. Production : Cie Nathalie Béasse, Association Le Sens. Coproduction : Bonlieu (Annecy), La Commune (Aubervilliers), Le Quai (Angers), Le Maillon (Strasbourg ), Malraux (Chambéry ), La rose des vents (Villeneuve d’Ascq), Le Carré (Château-Gontier). Soutien : CNDC Angers, DRAC) des Pays de la Loire, Conseil régional Pays de la Loire, Département de Maine-et-Loire, Ville d’Angers.
Photo©Raynaud de Lage

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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