Mon Brel préféré
Florilège convaincu convainquant

S’emparer du répertoire d’un artiste reconnu est toujours une gageure. Soit on risque de tomber dans une imitation forcément décevante, soit on s’éloigne de l’idole en se ridiculisant ou en le desservant. Le duo complice de Julien Sigalas chanteur et d’Etienne Champollion musicien parvient avec brio à éviter ces écueils.
Le choix des chansons déjà ne se contente pas des tubes incontournables. Il fait le détour par des œuvres moins connues qu’on redécouvre avec plaisir. L’interprétation vocale de Sigalas évite la servilité de la copie conforme. Il dégage une énergie qui sied au contenu souvent virulent des paroles caustiques envers la société, qui s’accorde avec la puissance des images poétiques des couplets d’un homme qui avait le sens de la langue à la façon d’un vrai poète. Et le corps s’engage. Car chanter le Belge sans y mettre une présence physique manifeste est inconcevable.
L’énergie se transmet porteuse des messages qu’envoie Brel. La portée sociologique des couplets à propos de comportements de classes ou d’idéologies surgit sans fard. Le vécu émotionnel individuel touche via les amours déchirées, la force de l’amitié, l’inévitable grignotage des humains par le temps. La perception de l’environnement naturel aligne ses images verbales fortes des mots qui les créent, qu’il s’agisse du plat pays ou des Marquises.
Il faut reconnaître aussi l’incontestable présence du pianiste Etienne Champollion. La complicité entre les deux compères est fascinante. Les arrangements sont inédits. Chaque morceau est musicalement revisité, souvent même agrémenté de trouvailles sonores en harmonie avec la voix et le corps de Sigalas. Epice supplémentaire, l’interprète n’hésite pas à changer d’instrument, ajoutant l’illusion d’une présence orchestrale. C’est que ce virtuose joue aussi bien du piano à bretelles que du piano tout court. Il transite par guitare et ukulélé ; s’octroie un petit détour côté vibraphone ou mélodica. Il alterne en rythmes et sons la gravité d’un propos, sa causticité, son humour, sa tendresse ou sa fragilité.
C’est un récital sans doute. Mais celui-ci se ressent comme un moment théâtral tant le duo occupe l’espace scénique, dialogue en permanence physiquement et musicalement. Une complicité, codée certes pour les besoins du spectacle, qui se perçoit comme sans cesse réinventée dans le présent face à un public sensible à un patrimoine chansonnier indémodable autant qu’à l’engagement des artistes.
Arras Le Pont de Singe 01.04.2026
Durée 1h20
Julien Sigalas : guitare et chant
Etienne Champollion : arrangements, piano, ukulélé, accordéon, vibraphone, mélodica
Chansons : Jacques Brel
En tournée :
07/04/26 Comédie Metz
09/04/26 Le Troyes Fois Plus Troyes
10/04/26 Comédie Grenoble
11/04/26 Centre de l’Étoile Thonon-Les-Bains
12/04/26 Théâtre Montjoie Saint-Gervais-Les-Bains
13/04/26 Défonce de Rire Clermont-Ferrand
03/05/26 Lablascène LaBlachère
06/06/26 Le Nautilus Palavas-les-Flots
21/07/26 Domaine Pieracci Saint-Cyr-Sur-Mer
07/11/26 Espace Lumen Bruxelles-Ixelles (Be)
24/01/27 Théâtre de l’Étang Saint-Estève
07/02/27 La Comédie d’Aix Aix-en-Provence
13/02/27 Le Bascala Bruguieres
20/02/27 Le Palais d’Auron Bourges
18/03/27 Comédie Le Mans
24/03/27 MJC Le Silo Verneuil sur Avre



