Le prince de Danemark d’Emmanuel Dekoninck
Dis papa, c’est quoi le théâtre ?

Deux copains sont en train de bavarder. Et voici que leur conversation se tourne vers cette situation particulière qui est la leur actuellement. Ils parlent et des gens les écoutent. C’est une réalité. Il est même possible de s’adresser aux gens assis devant eux. Et de les entendre répliquer. Seulement, à partir du moment où ce ne sont plus deux amis qui parlent mais deux comédiens se comportant comme deux personnes liées par des liens d’amitié, cela devient une réalité de fiction.
Commence alors une transformation contraignant l’un des deux à accepter l’idée qu’il s’agit d’une autre réalité. Son interlocuteur part du principe que dans le monde actuel les gens ont du mal à se laisser aller à rêver. Pour lui ce passage au rêve est l’apanage du théâtre. Et si les gens veulent vraiment prendre du recul avec la noirceur d’un monde quotidien financièrement pas toujours facile, politiquement situé à l’horizon de conflits armés dispersés, climatiquement assombri par les conséquences des changements climatiques, il n’y a pas d’autre solution que le théâtre.
Pour étayer son raisonnement, il propose à l’autre de devenir prince de Danemark, personnage essentiel de la pièce de Shakespeare « Hamlet ». Il n’y a là, en ce lieu, rien qu’un espace au fond duquel pendent deux rideaux rouges fermés, éclairés plein feu par quelques projecteurs. Cela n’empêche pas de s’amuser à devenir quelqu’un d’autre que le citoyen ordinaire d’une vie banale. Comme des gosses qui jouent à s’attribuer des jeux de rôles.
Ce spectacle est cela : montrer comment on peut, petit à petit, s’imaginer un autre, s’inventer une existence illusoire, la rendre crédible à d’autres individus. Il suffit des mots, d’un minimum de gestes, éventuellement de quelques accessoires pour que surgisse un univers imaginaire. La dynamique comique de cette représentation réside dans l’affrontement entre celui qui a foi dans le pouvoir scénique et les réticences, les découvertes de l’autre, incrédule, freiné par des craintes de ridicule ou d’infantilisme.
Le duo s’en donne à cœur joie comme un couple clownesque. Ces comparses y mettent une énergie qui frise parfois le surjeu. Mais la démonstration aboutit. On y croit à ce prince de Danemark, même s’il n’a pas le côté tragique de celui de Shakespeare.
Voilà qui débouche sur cette éclatante conclusion : le théâtre est véritablement la seule pratique qui rend crédible un ‘rêve’ parce qu’il s’agit d’un spectacle vivant, avec la présence réelle d’acteurs en chair et en os devant des auditeurs aussi charnels qu’eux. Chaque représentation est donc unique alors qu’au cinéma ou à la télé, le spectacle restera immuablement identique même si on le joue des milliers de fois. Cette réalisation à vocation didactique fait fi de la théorie. Elle divertit. Elle convainc. Elle transmet le plaisir théâtral.
Durée : 50’
Tout public dès 15 ans
05.02.2026 Centre dramatique du Hainaut occidental Leuze-en-Hainaut
Texte, mise en scène : Emmanuel Dekoninck ; interprétation : Gaël Soudron, Fred Nyssen ; regard extérieur : Patrice Minck, Anne-Pascale Clairambourg ; production : Les Hommes de bonne Cie ; co-production : Atelier Jean Vilar ; soutien : Tournées Art & Vie, Centre culturel (Leuze) ; photo© F. Nyssen
Article rédigé sans recours à l’IA


