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Seznec un procès impitoyable.

par Marie-Laure Atinault

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On dit un « nouveau Hossein » tant la personnalité de cet artiste généreux prend le pas sur les auteurs, véritable Don Quichotte, Robert Hossein retrace le procès d’une affaire qui défraye encore les chroniques puisque que la justice et le temps n’ont toujours pas tranché sur la culpabilité ou l’innocence de Guillaume Seznec.

Pour la famille Seznec 1924 restera l’année noire, celle du malheur, celle où le destin prendra en otage une famille pour plusieurs générations.
Guillaume Seznec et son ami le Conseiller Général Pierre Quéméneur sont partis en automobile pour régler une affaire. Les deux marchands de bois sont associés dans un trafic de voitures américaines. On ne reverra jamais Quéméneur. Une valise ensanglantée, des hésitations, des souvenirs confus sont les preuves à charge contre Seznec. Mais on ne retrouvera jamais le corps du conseiller, donc pas de cadavre. Par conséquent, on ne sait pas comment le pseudo crime a eu lieu et quelle arme fut utilisée, et surtout pas d’aveux. Seznec dira qu’il a quitté Quéméneur bien vivant. L’enquête est une succession d’erreurs, de coup bas, d’intimidation, de témoins à décharge que l’on refuse d’écouter. Le procès de Seznec dure 10 jours et le tribunal de Quimper verra défiler plus de 120 témoins. Le président et l’Avocat Général instruiront dés le début à charge. Le droit français dit que tout accusé est présumé innocent or Seznec est présumé coupable dés son arrestation. Certains éléments sont troublants, les témoins qui disent que les deux hommes se sont disputés sont-ils plus dignes de foi que ceux qui prétendent avoir vu Quéméneur bien vivant à Paris. As-t-il été assassiné ? A-t-il pris la poudre d’escampette pour refaire sa vie ? Pourquoi les témoins à décharge furent ridiculisés ou réduits au silence. Le procès est une mascarade. Mais Seznec se défend maladroitement, dans ses dires il y a des incohérences. La pièce retrace le procès qui eu lieu en octobre 1924 au tribunal de Quimper. Le décor est la salle d’audience, nous assistons aux débats comme le public au tribunal.

Une belle distribution avec Philippe Caroit en Seznec, Martine Pascal en sœur éplorée du disparu, Yannick Debain épatant en avocat et une mention spéciale pour Henri Deus en témoin révolté. Le fait que ces comédiens ne soient pas des stars rend le procès plus proche, plus accessible nous impliquant dans cette affaire, même si les comédiens sont en costume d’époque. Pas de grands effets de mise en scène, ici on ne joue dans le spectaculaire, mais un huis clos prenant qui rappelle les grandes heures de la télévision avec En votre âme et en conscience qui retraçait les grands procès.

Robert Hossein a inventé le théâtre à accessoires pour les spectateurs, foulard pour Ben Hur et ici jeton pour voter. Son public adore ces trophées. Mais alors que la France vient d’enregistrer un taux historique d’abstention aux élections, nos hommes politiques feraient bien de prendre des leçons auprès de Robert Hossein, à l’entracte le public va voter en son âme et conscience « coupable » ou « non coupable », et les abstentionnistes sont rares. Après le dépouillement on pourra soupeser non pas les âmes mais la différence entre le vote du jury de 1924 et celui de 2010 rompu à l’exercice des enquêtes policières grâce à la télévision qui en fait ses choux gras. La générosité de Robert Hossein, son enthousiasme toujours intacte, son art pour faire jouer une grande distribution, donne un spectacle de belle facture. Il a la foi du charbonnier mais surtout il croit en l’homme c’est peut être le secret de son succès et la fidélité de son public qui le suit sur plusieurs générations.
Aujourd’hui encore la famille Seznec se bat pour la réhabilitation d’un homme qui échappa de justesse à la peine de mort grâce à une incompréhension du jury, il sauva sa tête mais fut envoyé au bagne. La vérité est la fille du temps !

Seznec un procès impitoyable.
Ecrit par Olga Vincent et Eric Rognard réalisé et présenté sur scène par Robert Hossein.
Avec 26 comédiens dont Philippe Caroit, Jean- Paul Solal, Yannick Debain, Martine Pascal....

Théâtre de Paris 01 48 74 25 37

Photo : Eric Robert

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