Accueil > Sept Ans de réflexion de George Axelrod

Critiques / Théâtre

Sept Ans de réflexion de George Axelrod

par Gilles Costaz

Soudain, un soir d’été...

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Sept Ans de réflexion  : le titre n’est pas inconnu. Même si l’on n’a pas vu le film de Billy Wilder, on peut associer ces mots à une image, celle de Marilyn Monroe dont les jambes se découvrent sous l’effet d’un flux d’air chaud qui soulève sa robe. Le spectacle des Bouffes parisiens, qui se souvient furtivement de cette séquence, n’est pas une adaptation du scénario mais la mise en scène de la pièce de George Axelrod qui a inspiré le film. La pièce est un brin plus osée, car la censure d’lors frappait moins le théâtre que le cinéma. Ce n’est pas pour autant très audacieux, mais, dans le texte d’Axelrod, le couple d’un soir va au bout de sa sensualité, ce qu’il ne fait pas à l’écran.
A New York, en été, un éditeur affronte la solitude. Sa femme est partie pour quelques jours en vacances, dans une campagne proche. Ne voit-il pas passer une ravissante jeune femme, laquelle va s’installer dans l’appartement du dessus – et faire, maladroitement, tomber de sa fenêtre un plan de tomates. L’homme aurait pu être tué, ou blessé. Voilà qui permet une prise de contact. L’inconnue est si belle, la fidélité n’est plus inscrite de manière irrévocable dans le cerveau de l’époux délaissé. Elle évoque sa vie : elle est mannequin, commence à apparaître sur les affiches de lessive. D’autres personnes interviennent, fantasmées, car on ne sort pas d’un huis clos : un psy qui attend la publication de son dernier essai, l’épouse, un ami du couple, un philosophe… En fin de spectacle, il sera peut-être prouvé que l’infidélité est peut-être le meilleur chemin pour la reconstitution du couple.
Malgré cette pincée d’audace dont nous parlions, la pièce garde son parfum de années 50. Gérald Sibleyras lui a donné un supplément de fantaisie, en ajoutant le personnage du philosophe. Il n’en reste pas moins une réplique où le personnage féminin confie qu’il coucherait sans problème avec un producteur, s’il est beau garçon – ce qui, à l’époque de MeToo, semble déplacé ou dépassé. Dans sa mise en scène Stéphane Hillel s’muse à cultiver ce monde disparu, qui est en même temps mythique, puisqu’il reste sur de pellicules que nous adorons. Hillel instaure donc un charme nostalgique qui procure un plaisir constant. Guillaume de Tonquédec joue l’éditeur avec brio. Son parti pris d’être sans arrêt dans le jeu comique peut se discuter. Il pourrait être plus angoissé, s’amuser moins de ce qui arrive à son personnage. Mais il est dans la légèreté et il amplifie ainsi le climat choisi par la mise en scène. Dans le rôle du jeune mannequin, Alice Dufour et une révélation, pour qui ne l’avait pas vue la saison dernière dans l’un des personnages du Canard à l’orange : elle donne une pleine vérité à sa séduction mutine. Jacques Fontanel, François Bureloup, Clément Koch et Agathe Dronne, dans des rôles courts, ne sont que de passage, mais avec élégance. La soirée se déguste comme un bonbon sorti de la boîte d’un excellent confiseur.

Sept Ans de réflexion de George Axelrod, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène de Stéphane Hillet, décor d’Edouard Laug, lumières de Laurent Béal, costumes d’Anne Schotte, vidéo de Léonard, son de François Pérony, assistanat de Brigitte Villanueva.

Bouffes parisiens, 20 h 30, tél. : 01 42 96 92 42. Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

Photo Céline Nieszawer.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.