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Prémices 02 Festival jeune création théâtrale

par Marie-Laure Atinault

Décidément il se passe toujours quelque chose dans le Nord !!!

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Prémices 02 : c’est avec impatience que nous attendions ce deuxième rendez-vous avec la jeune création théâtrale. La région Nord semble être un terreau fertile en jeunes talents. Cette deuxième édition est le reflet d’une société grave, d’une jeunesse inquiète sur son avenir. Lorsque les jeunes créateurs interrogent le passé, on flirte avec les mythes.

Le Festival débute avec SISYPHSKI, la cité des astres, un drôle de titre pour une mise en abyme poético familiale. Thomas Piasecki a écrit et mise en scène ce spectacle qui nous parle des corons, de la vie dure et laborieuse au pied des terrils, ces montagnes noires qui ne laissent pas passer le soleil.

Thomas Piasecki, qui présentera également Après le déluge, en appelle au témoignage de ses parents. La scénographie de l’auteur et de Manuel Bertrand nous plonge dans l’ambiance des cités minières. Des grandes perches symbolisent les terrils, l’aire de jeu est délimitée par du poussier, une poussière noire qui cerne l’espace représentant la petite maison où la famille s’entassait. Une vie de famille, où le travail est respecté, où chaque mot à son poids. Tout est suggéré à l’aide d’accessoires quotidiens, une table qui sera estrade, tribune, bureau, des chaises qui ne se contentent pas seulement de leur utilité. Dans le détournement il y a beaucoup d’enfance, de ces jeux où une nappe devient une cape de chevalier. Les parents veulent que leurs deux fils fassent des études et échappent à la mine. Les scènes du carnet de note rappellent des souvenirs au public de tout âge qui rit beaucoup à ces scènes. L’autorité des parents, leur sévérité est tempérée par leur amour. Ils veulent que la vie de leurs enfants soit meilleure. Leur combat social, la toux noire qui les tue, tout cela est présenté avec un mélange d’humour et de profondeur. Sur le plateau, un guitariste, Guillaume Hairaud, joue de façon non conventionnelle. Il instille un drôle de son, qui selon l’auteur, représente le chant du canari que l’on emmenait au fond de la mine, en cas de grisou le canari meurt et sa mort annonce une fuite de gaz. Thomas Piasecki a évité les pièges, ni caricature, ni comédie de genre, ni idéalisation, ni Germinal, ni comédie mais un savant mélange de tout cela, avec beaucoup de tendresse. 

Purgatoire à Ingolstadt de Marieluise Fleisser, mise en scène par Maëlle Poésy. Ce texte est en ce moment l’un des plus monté en Allemagne. Marieluise Fleisser fut l’une des compagnes de Bertolt Brecht. Purgatoire à Ingolstadt est sa première pièce qu’elle écrivit à 23 ans en 1924. Ingolstadt est une petite ville provinciale au fin fond de la Bavière. La première scène est une danse effrénée d’une bande de jeunes. Puis on entre dans l’intimité d’une famille que l’on souhaite ne pas connaître. Dans la famille Berotter, le père entretient des relations dures avec ses enfants. D’ailleurs, depuis la mort de la mère, tout est devenu difficile entre eux. Le père ne se gène pas pour dire à sa fille aînée Olga qu’elle est laide, la cadette Clémentine a pris en charge la maison. Elle aime Roelle un jeune garçon qui aime Olga. Leur frère est toujours du côté d’Olga. Roelle n’est pas aimé des autres jeunes de la ville, il va tout faire pour Olga. La description des rapports au sein d’un groupe de jeunes gens est âpre, violente, dans une société où tout doit être sous contrôle. En 1923, L’Allemagne se relève difficilement de la défaite de la grande guerre et de l’humiliation mondiale. Le sentiment de revanche, un nationalisme fort et le poids des religieux forment un carcan revêche ou la loi du plus fort domine, où il faut être dans la norme. On pense au film de Michael Hanneke « Le ruban blanc » tant le climat est tendu. Maëlle Poésy signe une mise en scène serrée, offrant à ses comédiens des rôles qui ne laissent personne intacte. On ressort un peu groggy de ce spectacle terriblement dérangeant.

Modeste proposition, de et par Jonathan Heckel d’après le texte de Jonathan Swift. Jonathan Heckel, comédien issu de l’illustre école de Stuart Seide, nous présente à sa sauce le texte étonnant de Jonathan Swift. Jonathan Heckel revêt la tenue de cuisinier ou de boucher pour proposer aux spectateurs dans le hall du théâtre de leur faire à manger. Il tranche la viande, fait caraméliser les oignons. Il parle de l’endroit où nous sommes et des problèmes de la ville, tout en s’activant. Parfois les spectateurs réagissent, opinant sur les assertions du boucher. Il nous parle de la pauvreté, de la misère, et propose le texte étonnant de Swift, que nous vous laissons découvrir. Entre la cuisson de la viande, des textes économiques, des extraits de Sénèque sur Thyeste qui nous font frissonner. Jonathan Heckel est formidable, que ce soit dans sa dextérité pour trancher ou cuisiner et surtout pour nous faire réfléchir sur notre société. Finalement l’ogre du Petit Poucet n’est pas si loin de nous.

Je suis une Mouette d’après La Mouette d’Anton Tchekhov mise en scène Renaud Triffault avec entre autre Noémie Gantier que nous avions remarqué l’année dernière. Une très belle représentation avec d’excellents comédiens. La pièce est resserrée sur la problématique de l’art, de devenir un artiste, de vivre de son art.

Mais le coup de cœur du Festival, la bonne surprise à l’instar de La chanson l’an passé, est sans contexte A l’approche du point B qui soulève l’enthousiasme. Le texte de Marie Clavaguera-Prax (dont elle assure la mise en scène), était sur le papier peu engageant. On assiste aux dernières étapes de la vie d’un homme. Sur le mode des stations, des tableaux de la via crucis, se rejoignent le corps et l’âme. Le vieil homme est cloué sur son lit médicalisé, entouré par sa femme et de son infirmière, mais il y a un plan B. La délicatesse du texte, les propositions innovantes de l’auteur, la grâce et la délicatesse du spectacle entraînent l’adhésion des spectateurs les plus sceptiques. Sur un sujet difficile Marie Clavaguera-Prax a conquis son public.

Décidément il se passe toujours quelque chose dans le Nord !!!

Le détail des spectacles sur www.larose.fr
+33(0)3 20 61 96 96
www.theatredunord.fr
+33(0)3 20 14 24 24

Photo : A l’approche du point B (©Alexandre Jeanson)

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2 Messages

  • Prémices 02 Festival jeune création théâtrale 1er juin 2013 18:43, par Jean Boussion

    une belle édition de ce festival qui commence effectivement à compter dans le nord.
    en revanche, je ne vous rejoins pas concernant votre coup de coeur, où la proposition "A l’approche du point B" m’a particulièrement déçu, avec une association Théâtre & Danse contemporaine particulièrement datée, une direction d’acteurs inexistante malgré un beau plateau Dommage car le propos ne me laissait pas indifférent pour ma part.

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  • Prémices 02 Festival jeune création théâtrale 29 octobre 2013 14:39, par la billeterie

    Le problème principal c’est quand on donne un coup de coeur et que le ou la "journaliste" (et je mets bien entre guillemets car normalement c’est quelque chose que l’on fait avec conviction et vérité) n’a vu qu’un spectacle du festival.
    Madame Atinault vous faites mal votre travail.

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