Festival Off Avignon 2026, Buffon Théâtre
LA PLAIDOIRIE DES FORÊTS
La bataille du pot de fer et du pot de terre ou plutôt de l’arbre et du béton, une bataille pour l’avenir

Le tribunal affiche complet. Les procès se rapprochent du théâtre, il y a les vedettes, les stars du barreau, et puis les accusés qui ont fait la une.
Ce procès est exceptionnel. Tout le monde en est convaincu, puisque l’accusé, est un chêne vénérable que l’on accuse de ne pas vouloir se réduire en sciure. Il a plus de 400 ans et tend ses magnifiques ramures vers le ciel. Autrefois au cœur de la forêt, il a vu ses compagnons sylvestres périrent sous la hache des hommes. Désormais il est le centre d’une place. Il est le centre d’une bataille. L’entreprise Gaïa Moderne veut construire en lieu et place du Chêne. L’entreprise apporte sa technologie et des emplois. Le Chêne donne des glands, et de l’ombre. Heureusement les Veilleurs de l’Argoat se battent pour préserver ce trésor. Ils sont accusés, à juste titre, d’avoir dégradé le siège social de Gaïa Moderne.
Les avocats de la défense ont en face d’eux un rude adversaire. Ils doivent déjouer les coups bas telle une expertise malhonnête, l’intérêt pour la communauté de la perspective de nouveaux emplois.
Mais ils ont une foi chevillée au cœur (une cheville en bois évidemment). Notre avocate puise dans les contes, et nous raconte l’histoire du Chêne. Nous remontons en 1627. Bleuenn est une petite fille heureuse. Sa mère connait les plantes, elle sait soigner. Elle sait écouter la forêt. Mais la bêtise des hommes est là. On n’aime pas ce que l’on ne comprend pas. On se méfie de la différence. Une tâche de naissance devient maléfique. Alors Bleuenn doit se sauver, grâce à un renard blanc, elle pourra échapper à la mort. Elle plante un gland, qui est aujourd’hui cet arbre remarquable.
La présidente est un peu surprise, voire égarée. L’avocat de la partie civile s’insurge mais notre courageuse avocate tient bon. Son conte nous enchante et nous transporte.
Françoise Cadol et Rémi Bichet ont écrit une jolie pièce, qui s’inscrit dans nos préoccupations. Il faut sauver nos forêts, combattre le scandale de l’Amazonie. On évite un militantisme lénifiant grâce à l’écriture fine qui alterne entre le réalisme du tribunal et la poésie du conte. Sur le fond de scène une toile qui devient tribunal, puis tableaux, reportage de télévision et forêt. Le journaliste commente le procès pendant les pauses du Tribunal et il est dessiné. Les illustrations et l’animation sont de la main de l’excellent Amaury Brumauld.
Le mobilier du tribunal est en bois, des feuilles, des lianes de lierre s’échappent. On alterne avec le sérieux d’un procès sous la haute autorité de Maître Jonathan Elkaïm, le conte fantastique, le passage magique d’un renard blanc que l’on aimerait bien rencontrer.
Françoise Cadol est une comédienne que nous suivons avec plaisir. Elle ne choisit pas la facilité. Son charme, son humour, sa force de conviction nous séduisent. A ses côtés Rémi Bichet incarne l’autre avocat de la défense, il est un peu la voix de la raison moins encline à la poésie. En face d’eux le terrible avocat de la partie civile est l’impeccable Bernard Lanneau, que l’on est tenté de détester. C’est dire son talent.
La plaidoirie des forêts est un spectacle différent, il ne ressemble à aucun autre de ce festival. Sa qualité à tous les postes est remarquable, que ce soit le texte, les décors, les lumières et les comédiens qui nous enchantent. Alors que des incendies ravagent des forêts, laissant un paysage de désolation, il est plus que temps que nous protégions nos arbres.
La plaidoirie des forêts est une pleine réussite. Avoir de toute urgence.
LA PLAIDOIRIE DES FORÊTS
Ecrit et mise en scène par Françoise Cadol et Rémi Bichet
Avec Françoise Cadol - Rémi Bichet - Bernard Lanneau
Festival Off Avignon 2026, Buffon, 18, rue Buffon à 14h45
Tél/ 04 12 29 01 24



