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Critiques / Opéra & Classique

Poliuto de Gaetano Donizetti

par Charles Rosenbaum

Résurrection d’un Donizetti rarissime

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Lorsque l’on se rend à Bilbao, c’est généralement pour visiter le Musée Guggenheim. Plus rarement, on y va pour assister à un opéra. Et encore plus rarement pour voir et écouter un opéra quasiment méconnu de Gaetano Donizetti, POLIUTO. Le Théâtre Abao Olbe, qui aligne une remarquable programmation, a rajouté avec une certaine témérité, cette œuvre tirée de « Polyeucte » la célèbre tragédie de Corneille.

Salvatore Cammarano en a signé le livret qui retrace l’histoire d’e Polutio, officier romain en opération à Mélitène en Arménie et converti au christianisme (Saint Polyeucte étant mort en 259). Son épouse Paolina n’a pas oublié ses amours passées avec le proconsul Sévère qu’elle avait cru mort. Il réapparaît, mandaté par l’Empereur, pour persécuter les chrétiens. Paolina se convertit à son tour au christianisme pour partager le martyre de Polutio et périr dans l’arène, à ses côtés .

Un sujet trop chrétien qui déplut au roi de Naples

Cet opéra seria fut destiné par Gaetano Donizetti au célèbre ténor français Adolphe Nourrit, le créateur du rôle d’Eléazar dans « la Juive » de Halevy. Nourrit était une sorte de « Villazon » de l’époque qui avait lui-même suggéré l’idée à Donizetti, et qui a même mis sa « patte » dans le livret de Cammarano, le librettiste de « Lucia di Lammermoor » et de tant d’autres. Ce sujet trop chrétien déplut au Roi de Naples Ferdinand II qui ordonna la censure en 1838. Ne supportant pas les effets de cet outrage, Nourrit se jeta par la fenêtre de son hôtel napolitain le 8 mars 1839.

Il est vrai que ce Polutio a connu une carrière pleine de vicissitudes. Grâce à Scribe, l’opéra rebaptisé Les Martyrs fut la première contribution de Donizetti à l’Académie Royale de Musique de Paris en 1840. La famille royale, à l’exception de Louis Philippe, raffola de cet opéra « chrétien ». Polutio fut crée au Teatro San Carlo de Naples le 30 novembre 1848, année de la mort du compositeur.

Même s’il n’est pas l’égal des Lucia di Lammermoor , Elixir d’Amour ou autre La Fille du Régiment, Polutio reste un ouvrage de qualité. On se souvient qu’il marqua le retour de Callas à la Scala en 1960 quand le rôle titre était défendu par Franco Corelli, alors au sommet de son art. Certaines pages sont superbes. Le « Credo » par exemple, ou le sextuor, véritable chef d’œuvre qui rappelle celui de Lucia di Lammermoor .

Si on excepte le fait que les sous titres étaient rédigés en espagnol castillan et en basque, ce fut un vrai plaisir d’entendre l’excellent orchestre symphonique de Navarre dirigé par Boris Dujin-Vallejo. La distribution fut foncièrement honnête. Le ténor dominicain Francisco Casanova, réplique physique de Pavarotti, exprima beaucoup de vaillance. L’Italienne Fiorenza Cedolins, soprano de charme, fut une Paolina émouvante et tourmentée, entre ses amours et son engagement chrétien. Pour la mise en scène de Ignacio Garcia, on n’a pas échappé à des remarquables mélanges de temps allant de la pure mythologie, aux guerriers en battle dress.

Polutio tragédie lyrique en 3 actes de Gaetano Donizetti, livret de Salvatore Cammarano, d’après Polyeucte de Pierre Corneille. Créé dans une version française en 4 actes de Scribe sous le titre « Les Martyrs » à Paris en 1840, et le 30 novembre 1848 au Teatro San Carlo de Naples.
Direction musicale Fabrizio Carminati, Orchestre symphonique de Navarre, Chœur de l’Opéra de Bilbao, chef de chœur Boris Dujin, mise en scène et costumes Domenico Franchi
.
Théâtre Abao-Olbe de Bilbao les 16, 19, 22 et 25 février 2008 à 20h.

Avec : Francisco Casanova : Poliuto, Fiorenze Cedolins : Paolina, Vladimir Stoyanov : Severo, Giovanni Battista Parodi : Callistene, Maurizio Pace : Nearco, Mikeldi Atxalandabaso : Felice

Crédit Photos : ABAO-E.MORENO ESQUIBEL

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