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Critiques / Théâtre

Planète sans visa

par Marie-Laure Atinault

Une formidable épopée

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Il y a d’abord un homme qui traversa le 20e siècle. Jan Pavel Vladimir Malacki naquit en 1908 à Varsovie. L’écrivain Jean Malaquais, lui, mourut en 1998 à Paris. Quel fut le parcours pour que le jeune Jan Malacki, alias Jean Malaquais, devienne le lauréat du prix Renaudot 1939 ? Celui d’un homme épris de liberté et de littérature.
Il parcourt le monde avant de se fixer à Paris et d’y exercer tous les métiers. Il y travaille durement, hante la bibliothèque, se consacrant à un inlassable labeur du corps et de l’esprit. Il ose écrire à Gide. La lettre intrigue l’écrivain. Le ton est tellement différent des habituelles missives qu’il reçoit. Jan devient donc Jean et écrit son premier livre, Les Javanais, couronné par le prix Renaudot. Hélas, la guerre écrase tout. Jean Malaquais s’enfuit, transitant par Marseille, avant de s’exiler de l’autre côté du monde. Il reste ainsi pratiquement inconnu. Son roman Planète sans visa est sa grande œuvre. Au cinéma, il faudrait un Claude Lelouch pour retracer cette fresque épique. Résumons. En 1942, Marseille vit ses dernières heures de zone libre. Une zone libre toute relative, les miliciens et les espions défrichant activement le terrain pour la gestapo. Il n’y a pas de personnages principaux mais une mosaïque de destins entremêlés. Il y a les salauds, les gentils, les indécis, les victimes, les héros involontaires, enfin une humanité qui défaille. Marseille est le dernier espoir de tous ceux qui fuient la gangrène nazie.
Planète sans visa est un roman dense, foisonnant, tenant du roman noir et du roman populaire. Comment adapter au théâtre cette histoire sans personnage phare, avec une multitude de lieux et brassant un puzzle d’historiettes ?
Dominique Sarrazin a retroussé ses manches pour venir à bout de ce projet ambitieux et généreux. Il a opté pour une adaptation qui laisse au roman sa spécificité narrative et descriptive. A cette épopée, il oppose une légèreté dans la scénographie : un plancher en pente douce, un cyclo où l’on projette des photos, des costumes à peu près d’époque et 14 comédiens qui interprètent chacun plusieurs rôles et avec quel talent ! Ce spectacle de trois heures est vécu comme un grand feuilleton de notre histoire, pointant les hontes collectives et les courages particuliers. Il faut saluer l’entreprise de l’équipe du théâtre de la Verrière qui tente le pari fou, en région, de jouer 28 fois cette pièce sans vedette. Planète sans visa mérite le passeport du succès. Après tout, Lille est une métropole moderne... à une heure de Paris.

Planète sans visa, de Jean Malaquais. Adaptation et mise en scène : Dominique Sarrazin. Avec 14 comédiens. Jusqu’au 17 décembre. Théâtre de la Découverte, à la Verrière, 59800 Lille. Tél : 03.20.54.96.75.

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