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Critiques / Théâtre

Numéro Complémentaire

par Marie-Laure Atinault

Jet Set Académy

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Qui n’a pas rêvé de gagner au loto ? De pouvoir enfin se venger des vexations de la hiérarchie, de s’offrir des vacances de rêves... Le destin et la date d’anniversaire de Mémé Odette vont ouvrir la manne de la fortune à Bernard et Bernadette Leblanc, respectivement chef de chantier et caissière. Enfin, ils vont pouvoir vivre sur un grand pied, avec 25 millions d’euros, bonjour les dépenses les plus folles : un camping-car long comme un embouteillage du 15 août, une soirée au Campanile et un animateur télé, parangon de la Jet Set. Les Leblanc sont des gens simples, des gens heureux qui s’aiment, dont la fierté et l’ambition résident dans le bonheur de leur fille Laetitia. Et que veut une jeune fille de 2005 ? Devenir un mélange subtil de Miss France et de Lady Di.

Un choc des cultures titanesque

Cette famille sans histoire devient un beau sujet de pièce puisque les Leblanc vont se lancer dans le cursus difficile de la Jet Set Académy, coachés par Jean-Edouard Bernel. Le choc des cultures est titanesque. Jean-Edouard Bernel va pouvoir mettre plusieurs cierges à Sainte Nadine de Rothschild, ses élèves sont indisciplinés. Mission impossible pour l’homme qui tutoie toutes les têtes couronnées de la terre, immergé dans un milieu de sans-culottes !
La nouvelle comédie de Jean-Marie Chevret, le père des Amazones, a tiré encore une fois les bons numéros. Il sait créer des personnages hauts en couleurs avec un langage plein de verve. Jean-Marie Chevret, bienfaiteur des zygomatiques, connaît la scène et les comédiens, conscient que Stéphane Bern n’est pas comédien et ne pourra pas composer un personnage, il lui écrit un rôle sur mesure, une sorte de clone de lui-même : Jean-Edouard Bernel.

Stéphane Bern tire son épingle du jeu

Le sujet de la pièce est inscrit dans la réalité, une famille de français moyens vivant dans une grande banlieue où les Ritons et Lulu des années 50 sont remplacés par les Rachid et Mohammed. Bernard Leblanc surveille avec jumelles et porte-voix sa voiture. La fiction rejoint la réalité. Les répliques fusent à cent à l’heure. On rit de bon cœur avec cette famille heureuse tourneboulée par l’argent. Stéphane Bern tire honorablement son épingle du jeu car il sait rester simple sans tirer la couverture à lui. Bien sûr, il ne jouera pas « le maître de Santiago » demain, mais en ami des stars, il est drôle. Il est entouré par des routiers du rire tout terrain. Isabelle de Botton est un bout de femme qui attire immédiatement la sympathie. Elle est le type même de la bonne copine, et notre Bernadette a un bon sens pratique qui lui permet de résister aux sirènes de la fortune.

Un beauf rabelaisien

Francis Perrin est un acteur populaire au vrai sens du terme. Durant sa belle carrière (et elle n’est pas finie !) il a alterné tous les genres, de Anouilh à Labiche et plus récemment Morris Panych pour Tantine et Moi. Il est un Bernard Leblanc authentique. Le secret de Francis Perrin est d’être naturel, cultivé, drôle sans jamais la moindre once de vulgarité. Son Bernard Leblanc est un beauf rabelaisien. La scène d’œnologie et du maintien à table est une scène d’anthologie, absolument hilarante. Numéro complémentaire est le numéro gagnant d’une agréable soirée. C’est une bonne pièce écrite allègrement par Jean-Marie Chevret qui sait toujours composer de beaux personnages avec beaucoup de tendresse.

Numéro complémentaire. Comédie de Jean-Marie Chevret. Mise en scène Alain Sachs. Avec Francis Perrin, Isabelle de Botton, Anne-Sophie Germanaz, Stéphane Bern, Cyril Guei. Théâtre Saint Georges (Paris).

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