Mr Kropps, l’utopie en marche de Collectif
Démocratie grippée

Ce que démontre et démonte cette troupe de théâtre –action en recréant une situation très ordinaire d’assemblée de citoyens réunis pour le bien commun, c’est la difficulté, voire l’impossibilité de trouver un accord satisfaisant pour chacun.
Outre le public convié à la réunion des citoyens d’une collectivité dans laquelle il faut répartir les logements individuels et les parties dévolues à la communauté, elle met en présence 1) un modérateur régulateur bien nanti, idéaliste, ouvert aux idées d’autrui ; 2) une militante vouée à l’optique collective, héritière et inconditionnelle d’idées progressistes ; 3) Gilbert, assez pragmatique en ce qui concerne l’économique et le social, virant plutôt à droite ; 4) Florent, bon vivant, séducteur impénitent, persuadé que tout appartient à tous dans une liberté du genre anarchiquer anarchique ; 5) Caroline, adepte d’un consensus gommeur de conflits, en quête d’affection.
Le fonctionnement du spectacle est de mettre les spectateurs en position d’acteurs puisqu’ils sont censés représenter les membres d’une assemblée de citoyens en train de décider de leur existence quotidienne dans un lieu destiné à leur habitation. Les comédiens sont infiltrés dans la foule, hormis l’organisateur régulateur. Ce dernier orchestre donc les débats et prend éventuellement à parti certains des présents.
Ceci inclus évidemment un minimum de réactivité dans le public, comme si les spectateurs appartenaient à la troupe. L’intérêt théâtral tient en effet à une interaction entre les personnes et les personnages ; plus les interpellés s’abandonnent à l’impro, plus les échanges se colorent de paroles très diverses. Les professionnels n’ayant plus alors qu’à canaliser ce qui se passe pour en arriver à conserver le prétexte du débat.
Bien entendu, celui-ci ne peut aboutir puisque des tensions surgissent, s’exacerbent, les optiques idéologiques s’affrontent, les caractères individuels font front, certains vécus nourris de sentiments et d’émotions personnelles s’invitent au point de plomber la réflexion. Cela est susceptible de friser le pugilat. Ce fil rouge est d’autant plus porteur de piment spectaculaire que chacun joue le jeu en connivence spontanée. D’où des dialogues plaisants, parfois franchement drôles entre farce et comédie.
De toutes façons, la fin est inévitable : aucune décision n’est prise et une nouvelle réunion est programmée dans un futur assez proche. On le comprend, la parole individuelle libérée est peu apte à un consensus commun, même si les valeurs de base semblent issues du slogan démocrate universel « liberté-égalité-fraternité ». Sans doute parce trop floues pour se concrétiser en un autre trio où il s’agirait pour chacun comme pour tous d’atteindre « autonomie-équité-solidarité ».
Durée 1h30
Création collective : avec Florent Blanchot, Max Bouvard, Olivia David-Thomas, Fabien Thomas, Natalia Wolkowinski ; mise en scène : Jean-Charles Thomas ; production : compagnie Gravitation - Cie À demain j’espère.
Photo © DR C. Gravitation
En tournée :
15.06.2024 Maison de la Culture Tournai
04.07.2024 Rennes
17.07.2024 Lons le Saunier Festival L’été sera Lons



