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Critiques / Théâtre

Merlin

par Marie-Laure Atinault

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Les Nuits de Fourvière se déroulent du 14 juin au 6 août. Cette manifestation ouvre le bal des festivals estivaux qui fleurissent en France durant l’été. Sa particularité c’est d’être le festival le plus long de l’hexagone et de rassembler des spectacles et des disciplines diverses, mélangeant avec bonheur le théâtre de création, la musique du monde et l’arrivée très attendue du Pan Optikum, le collectif déjanté allemand.
Les Nuits de Fourvière ont ouvert leur édition 2005, le 14 juin, avec la création en France de Merlin, de Tankred Dorst, mise en scène par Jorge Lavelli. Le théâtre antique de la berge historique du vieux Lyon, se prête à merveille à cette longue très longue chanson de geste.
L’intérêt de l’amateur de théâtre est émoustillé par cette affiche. Tankred Dorst est surtout connu en France pour Moi, Feuerbach, créé par Robert Hirsh, inoubliable dans cette création fiévreuse. Mais c’est Fernando Krapp m’a écrit cette lettre et La grande imprécation devant les murs de la ville, sont qui et ses oeuvres les plus jouées chez nous

Merlin ou la terre dévastée est publiée en 1980, c’est-à-dire bien avant la mode de la légende arthurienne. Cette pièce a été montée plus de 80 fois. L’oeuvre est dense, les personnages symboliques. L’auteur a gardé tous les ingrédients de la légende : fées, bonnes et mauvaises, dragon, magie, fantasmagorie et le combat millénaire des anciennes divinités et des nouveaux dieux. Tout cela donne un objet théâtral assez déconcertant puisque les chevaliers de la table ronde rencontrent Mark Twain et Rothschild. Ce vaste conte théâtral met donc en opposition deux mondes, celui ancestral de la forêt, siège de l’aventure et de l’irrationnel, face au château, règne de la société et des codes de vie.

La pièce débute par la naissance extraordinaire de Merlin. Sa mère est une géante. Le diable, son père. Quoi de plus naturel, que notre héros naisse comme Kirikou déjà formé à la taille adulte, barbu et parlant. Le diable le charge d’une mission : ôter aux hommes la peur du mal. Merlin résiste, décide de fonder la table ronde. Arthur ou Artus rêve à un monde pacifique où les guerriers seraient au chômage. On décèle chez le Roi un tenant du oui pour l’Europe. D’ailleurs, il résiste aux tentatives de Mark Twain qui lui vante la démocratie américaine et le capitalisme.
Pendant la première partie, le spectateur s’égare ainsi dans la multitude des personnages, cherchant à trouver le fil conducteur qui lui permettra de remonter le couloir de ce labyrinthe.
Où veut en venir l’auteur ?
Que tente-t-il de démontrer ?
Que la guerre c’est pas beau !
Qu’un homme trompé peut devenir méchant.
Que l’appel de la chair est une torture pour les vertueux.
Mieux encore, que les détours du coeur sont impénétrables. Rien de très nouveau.
La deuxième partie éclaire tout cela, pour les courageux qui bravent l’inconfort drastique des gradins en pierre à peine tempérée par un petit coussin publicitaire et la durée du spectacle, 5 heures !

La grande fresque épique brossée par Dorst est un prétexte, on le comprendra bien, où le spectaculaire cédera à une philosophie platouille. La quête du Graal des chevaliers de la table ronde est celle du public d’un intérêt vif à ce long pensum plein de poncifs et de redondances. Le spectacle gagnerait indiscutablement à être écourté. Il est vrai que nous l’avons vu dans un état un peu brut, à Lyon. De plus, la pluie précédant le spectacle avait considérablement rafraîchi l’atmosphère et les gradins.
Aussi les comédiens n’ont-ils pas joués dans les conditions optimales. Mais là encore, la distribution nous semble un peu bancale, avec ça et là des fulgurances. Miloud Khétib n’arrive pas à donner à son Merlin l’élan nécessaire, plus apprenti sorcier qu’enchanteur. Vincent Winterhalter est un Roi Arthur bien terne. On comprend aisément le trouble de la Reine Guenièvre pour Lancelot. Les chevaliers, eux, manquent de panache. Seul Brontis Jodorowsky donne à Gauvain, l’étoffe, pardon la cote de maille nécessaire à la crédibilité de son chevalier.

Les femmes sont mieux loties. Avec Mila Savic, de la géante à Morgane la fée, il y a plusieurs pas que cette comédienne énigmatique saute avec grâce. Chloé Lambert, frémissante, ravissante, déchirante dans le désespoir amoureux, est, elle, le diamant de ce spectacle. Naturellement Jorge Lavelli dénude allègrement ses comédiens. Certains semblent vivre mal cette nudité. Le froid suffit-il à l’expliquer ? Pas seulement.

Jorge Lavelli est un grand metteur en scène. Il a marqué de façon indéniable le Théâtre National de la Colline qui reste orphelin de son fondateur. Il sait manier les foules, habiter l’espace des grands plateaux. En venant voir Merlin, le sujet chevaleresque appelle nos souvenirs des Comédies Barbares ou du Songe d’une nuit d’été. On a pourtant un sentiment de déjà vu qui plus est un peu délavé. A cette fresque épique, il manque le souffle des chevaliers des temps modernes.
Gageons que Lavelli remettra sur le métier sa mise en scène et présentera à Bobigny un travail plus serré , même si nous savons que l’oeuvre intégrale représente 12 heures. Les spectateurs n’ont pas tous des âmes de marathoniens.


Merlin de Tankred Dorst, texte français Hélène Mauler, René Zahnd
Mise en scène et version scénique de Jorge Lavelli.
Avec 20 comédiens dont Luc-Antoine Diquero, Jean-Claude Jay, Brontis Jodorowsky, Miloud Khétib, Chloé Lambert, Frédéric Norbert, Jean-Gabriel Nordmann, Mila Savic, Vincent Winterhalter.
Création en langue française durant les Nuits de Fourvière les 14, 15, 16 juin 2005, repris à la MC93 Bobigny du 4 novembre au 4 décembre 2005.
www.nuitsdefourviere.fr Tél. : 04.72.32.00.00.

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