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Critiques / Opéra & Classique

{Médée} par Charpentier, Dusapin et Cherubini

par Caroline Alexander

Une trilogie pour la criminelle infanticide la plus aimée du monde

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Trois opéras pour Médée. Après celle de Marc Antoine Charpentier donnée en ouverture de la saison du Théâtre des Champs Elysées, et avant celle de Cherubini qui sera présentée en clôture en décembre, celle que Pascal Dusapin composa il y a vingt ans pour la Monnaie de Bruxelles vient de faire escale avenue de Montaigne pour deux représentations.

Née d’une commande de Bernard Foccroulle, alors directeur de la maison d’opéra bruxelloise, elle s’inscrivait à l’époque comme un complément contemporain au Didon et Enée de Purcell (1659-1695), une musique d’aujourd’hui jouée sur des instruments d’autrefois, en l’occurrence ceux du Collegium Vocale de Gand dirigés par Philippe Herreweghe.

Dusapin prit comme base le « matériau » théâtral du dramaturge allemand Heiner Müller (1929-1995). Médée devint dans un premier temps Medeamaterial avant de se concentrer sur Medea tout court, 70 minutes de sonorités à la fois charnues et escarpées qui rapidement se mirent à courir les tréteaux lyriques d’Europe sous différentes signatures musicales et théâtrales.

Sasha Waltz et la puissance évocatrice des corps

En 2007 le Grand Théâtre du Luxembourg créait cette version chorégraphiée par Sasha Waltz dont la beauté, l’intensité et l’exécution musicale par l’Akademie für Alte Musik sous la direction de Marcus Creed a déjà conquis les publics, de Berlin, du Festival d’Aix en Provence et de la Monnaie de Bruxelles. Dans la filiation de Pina Bausch, Sasha Waltz sait à merveille allier le dépouillement à la puissance évocatrice des corps qui tous semblent mus de l’intérieur. Les images mouvantes sont d’une beauté à couper le souffle, les bas reliefs à l’antique dont les figures de pierre s’animent, l’agonie de Créuse, la rivale, empoisonnée par la robe que Médée lui a offerte pour ses noces avec Jason. Le collier de Médée symbolise sa robe, ses perles sont gorgées de sang, les corps des enfants sacrifiés sont portés comme des offrandes. Et ces ventilateurs dont les ronflements ne figurent pas dans la partition et qui ont voltiger les soies des costumes et les cheveux des danseurs. Caroline Stein soprano colorature allemande est depuis cinq ans cette Medea idéale, au timbre de douceur et de rage, au jeu à la pudeur austère.

La production phare de Krzysztof Warlikowski

D’un toute autre tempérament sera à partir du 10 décembre la Médée flamboyante de Luigi Cherubini (1760-1842) revisitée par le Polonais Krzysztof Warlikowski., l’enfant terrible star et visionnaire de la mise en scène. C’est un retour aux sources, à la version originale en langue française créée à Paris en 1797, une production phare née à la Monnaie de Bruxelles en 2008 (voir WT du 17 avril 2008). Cette Médée a quitté les contes et légendes d’Euripide et de la Grèce antique, elle est d’aujourd’hui, de toujours, l’archétype de la femme courage, de l’amoureuse qui a tout donné à l’homme de sa vie, ce Jason, qui une fois réussi l’exploit de conquérir la Toison d’Or, plaque celle qui l’y a aidé pour un parti plus fortuné et plus jeune. Et Médée qui a renoncé à tout pour lui se retrouve seule et sans point de repère. Sa descente aux enfers s’achève sur la pire des vengeances, le meurtre des enfants issus de son amour trahi. Une fatalité intemporelle qui aujourd’hui encore nourrit la chronique des faits divers.

Les récitatifs parlés ont été réécrits dans un langage à ras des trottoirs que parle un Jason bellâtre, à la mode pseudo hippie des sixties. Créon est un businessman politicien à la sauce berlusconienne. Et Médée, une femme à la sensualité explosive, brusquement hallucinée par son sort.

La magie Warlikowski opère en décors sobres, éclairages chirurgicaux et costumes sortis d’un ciné polar en noir et blanc

Comme à Bruxelles, Christophe Rousset dirigera ses Talens Lyriques, le chœur de Radio France prendra la place de celui de la Monnaie, et, comme à Bruxelles c’est la mezzo allemande Nadja Michael qui donnera chair et frissons à une Médée déjantée. Le reste de la distribution sera renouvelée notamment par Vincent le Texier (Créon), Elodie Kimmel (Dircé) John Tessier (Jason).

Un grand moment de théâtre, un grand moment de musique. Il est prudent de réserver.

Medea de Pascal Dusapin d’après Medeamaterial de Heiner Müller, création chorégraphique de Sasha Waltz. Akademie für alte Music Berlin, direction Marcus Creed, Vocalconsort Berlin, direction Marcus Creed, chorégraphie, mise en scène, vidéo Sasha Waltz, scénographie M. Schriever, T. Schenk, H. Schuppelius, costumesChristine Birkle, lumières Thilo Reuther. Avec Caroline Stein, Laura Erceg-Simon, Thomas Lehman, Claudia Bertz, Cécile Kempenaers (remplacée par Ulrike Barth le 9 novembre) Urike Bartsch, Asa Olsson et les danseurs de la compagnie Sasha Waltz & Guest .

Théâtre des Champs Elysées les 9 & 10 novembre 2012-11-12

Médée de Luigi Cherubini livret de François-Benoît Hoffmann. Les Talens Lyriques, direction Christophe Rousset, choeur de Radio France direction Nathalie Steinberg, mise en scène Krzysztof Warlikowski, décors et costumes Malgorzata Szczesniak, lumières Felice Ross, vidéo Denis Guéguin.

Théâtre des Champs Elysée les 10, 12, 14, décembre à 19h30, le 16 décembre à 17h.

+33 (0)1 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

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