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Critiques / Théâtre

Médée

par Marie-Laure Atinault

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Médée, la magicienne a aidé Jason, l’argonaute à voler la Toison d’or. Jason répudie Médée qui lui a donné un fils pour épouser la fille de Créon. Mais on ne renie pas impunément une magicienne !

Satoshi Miyagi après une carrière de comédien se tourne vers la mise en scène. En 1990, il crée la compagnie Ku Na’uka dont la spécificité est que chaque personnage est interprété par deux comédiens, l’un à la parole, l’autre le geste. La compagnie navigue entre Salomé et Macbeth en passant par Un Tramway nommé Désir.
Son travail pour Médée est fascinant et dévoile au spectateur comme ces poupées russes révélant une autre poupée. Tout ici est un travail sur le double. Il y a là Médée d’Euripide, elle est transposée dans le Japon du début du XXème siècle. En 1905, le Japon est l’un des rares pays d’Asie à ne pas être colonisés par l’Occident. Après avoir refusé toute pénétration de ces diables d’étrangers, le Japon a accepté le commerce avec l’Occident, prenant la technologie mais en gardant ses traditions. Le Japon est une puissance militaire qui colonise entre autre la Corée.

Dans une maison de thé les geishas jouent pour les clients. Les hommes décident qu’elles seront comme des marionnettes pendant qu’ils diront le texte. Les autres geishas joueront des percussions. Derrière les murs coulissant en papier de riz, les geishas viendront servir des boissons, puis disparaîtront derrière ces murs, silencieuses. Médée apparaît. Elle est vêtue d’un somptueux costume coréen. Médée en Grèce est une étrangère, Médée au Japon, est une étrange vaincue.

Le geste, la grâce de Mikari, la voix, l’émotion et le désespoir de Kazunori Abe forment un duo qu se mue en une même émotion. Comme deux visages pour un même souffle, l’homme et la femme, le yin et yang, pour la part de féminité et de virilité qui est en germe en chacun de nous. Mais plus encore, si au travers de ce fascinant jeu de miroir et d’introspection, on trouve la colonisation politique de la Corée par le Japon, il y a bien ici celle ancestrale de la femme par l’homme. Au tout début du spectacle, les geishas viennent une à une sur scène, le visage caché par un sac en toile, avec son portrait qu’elle tient à deux mains. Prisonnière de leur image, les hommes, les comédiens parlant viendront choisir comme au marché aux esclaves, leur visage, leur mouvement.

Satoshi Miyagi réalise une mise en scène passionnante, chorégraphiée, dégageant une poésie flamboyante et violente. Le spectacle est d’une rare beauté, on se laisse très vite captiver, happer par le jeu doublé entre les femmes et les hommes, oubliant de regarder les surtitres pour se laisser ennivrer par les voix des comédiens, et par l’élégance des femmes.

Médée, d’Euripide, présentée par Ku Na’uka,theater company, adaptation et mise en scène Satoshi Miyagi, avec en Médée : Kazunori Abe et Mikari, en Jason : Koïchi Otaka et Maki Honda, en Créon ; Yukio Kato et Sachko Kataoka ; au Café de la Danse à Bastille, Tél. 01 47 00 57 59, jusqu’au 30 octobre 2006.

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