Mais pour le reste oui de Motte et Delye

Confronter le défi démocratique

Mais pour le reste oui de Motte et Delye

Traditionnel s’il en est : le thème du diable passant contrat avec un humain pour lui voler son âme. Le voici ici remplacé par le moderne pervers narcissique, incarné par un père exploiteur de main d’œuvre clandestine et possessif de filles qu’il voudrait soumises. Il s’agit bien d’un conte, avec ce qu’il contient de merveilleux, d’imaginaire, de symbolique (Filles-oiseaux, métamorphoses, animaux qui parlent…)

Un paysan ruiné par la mort de son unique vache signe contrat avec un étranger. De l’argent contre ce que son épouse portera de plus précieux lorsqu’il la reverra. Le bougre savait : elle était enceinte. Résultat le ‘bienfaiteur’ deviendra maître absolu du fiston adolescent et si ce dernier ne se présente pas de lui-même, ce sera lui et ses parents sous la coupe du riche scélérat.

Pour s’en sortir, le jeune compte se rendre chez le prédateur pour négocier. En route, il écoutera les conseils d’une vieille femme étrange qui lui suggère de dérober les vêtements d’une des sœurs d’un trio tandis qu’elles se baignent dans un lac. S’ensuivent des épisodes à rebondissements. Le tout assaisonné d’une histoire d’amour apparemment impossible. La suite de la légende éclaircira tout cela, y compris son titre.

Ce qui se trouve en filigrane de cette fiction est riche en sujets de réflexion. Les enfants doivent-ils payer les erreurs de leurs géniteurs ? Ce que ceux-ci désirent comme avenir pour leur progéniture correspond-il aux envies profondes des rejetons ? Quelle potentialité d’autonomie possède celle ou celui lorsque est venu son temps de quitter le cocon protecteur familial et d’affronter le monde extérieur ? Jusqu’à quel point le pouvoir de l’argent peut-il influencer l’existence de quelqu’un ? Deux amoureux issus de classes sociales différentes sont-ils compatibles ? Qui possède a-t-il le droit de vouloir sans cesse posséder davantage par n’importe quel moyen ?

Comme à chacune de ses créations, Mélancolie Motte a choisi la sobriété. Chaque mot prononcé possède son poids narratif, émotif, sémantique. Aucun effet caricatural. Aucune grimace superflue. Uniquement une permanente confidence échangée avec le public. Chaque geste est pesé. Les éclairages eux-mêmes sont dosés pour évoquer davantage que pour révéler. L’ombre vaut autant que la clarté. L’atmosphère est celle d’un moment privilégié de communion intemporelle.

Le moindre détail s’avère important. Le tee-shirt est rouge : souffrance, violence, amour. Gilet et pantalon sont noirs : sobriété, rigueur apparente de qui détient le pouvoir, tradition respectée. Mais fantaisie décontractée du monde du spectacle via des baskets sneakers. L‘univers sonore discret de Julien Vernay est suggestif. Il a de la légèreté avec des pizzicatis de violon ; des allusions à des chants de travail se discernent par des rythmes scandés. Mais se refuse aux effets dramatiques coutumiers des bandes son de cinéma.

Dès 8 ans
Durée : 50’

Rencontres du Théâtre jeune Public Huy 2025
19.08.2025 Ecole polytechnique Huy

En tournée :
18>21.09.2025 Festival du conte Saint-Apollinaire
07-08.10.2025 Festival Contes en balade Albi
19>22.11.2025 Festival Contes d’Automne Beauvais
24>28.11.2025 Ferme du Douaire Ottignies-Louvain-la-Neuve (Be)
01-02.12.2025 Ekla Strépy-Bracquegnies (Be)
13-14.01.2026 Maison des Cultures et de la Cohésion sociale Molenbeek (Be)
16>18.01.2026 La Roseraie Bruxelles (Be)

Interprétation : Mélancolie Motte ; adaptation, dramaturgie : Mélancolie Motte, Pierre Delye ; mise en scène : Alberto Garcia Sanchez ; direction d’actrice : Julie Nayer ; création sonore : Julien Vernay ; création lumières : Jocelyn Asciak ; diffusion : Mes Idées Fixes diffusion asbl ; production ; Asbl Le Non Dit ; soutien : Fédération Wallonie-Bruxelles, La Roseraie, La Montagne Magique (Bruxelles), Maison des Cultures et de la cohésion sociale (Molenbeek), Centre scénique Pierre de Lune (Bruxelles), Maison du Conte (Chevilly-Larue), Ensemble Material Theater (Stuttgart) ; photo : Province de Liège

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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