Liliom ou la vie et mort d’un vaurien de Molnar

Dictature du patriarcat

Liliom ou la vie et mort d'un vaurien de Molnar

La fable est limpide, assez schématique. Un homme aimé par une femme abuse de son pouvoir potentiel. Ce vaurien préfère l’oisiveté et finit par se laisser tenter par la malhonnêteté. Une justice aux mains des nantis ne craint pas d’exploiter les sans le sou. La violence tient vite lieu de raison d’être quand le monde est impitoyable où chaque dominant exploite des dominés à n’importe quel niveau social.

Myriam Muller a choisi de mettre l’accent sur les violences qui surgissent sans cesse entre les individus. Surtout dans le couple. Ce que Ferenc Molnár voici plus de cent ans dénonçait déjà (1ère à Budapest en 1909). Son personnage de Liliom, jeune hâbleur, bonimenteur de foire et de femmes en mal d’amour, davantage homme de baratin que de turbin est l’exemple intégral du macho. Celle qui l’aime compte moins que lui, qui glande et exige, qui se réjouit d’être père parce que cela justifie sa virilité. A l’affut d’argent facile, il se laisse à son tour baratiner par plus finaud que lui dans un vol foireux qui tourne mal, l’accule au suicide.

Autour de lui grouille un petit monde de gens au pied de l’échelle sociétale, qui s’en sort vaille que vaille. Un couple réussit même une petite ascension vers une classe moyenne étriquée. Quelques-uns jouissent d’un certain prestige comme le policier de service toujours prêt à poser devant la photographe du coin ; comme la patronne d’un manège qui engage ou licencie selon son humeur. La scénographie complexe et inventive imaginée par Christian Klein restitue bien la promiscuité dans laquelle survivent les moins pourvus.

Son dispositif est pivotant. Il rappelle le manège forain qui tourne, tourne, tourne et recommence toujours le même parcours à l’instar des protagonistes. Il est composé d’alvéoles superposées, imbriquées, espaces restreints dans lesquels s’entassent, se réfugient, se côtoient, surgissent ou se cachent les petites gens avec leurs rêves et leurs échecs. Le recto de l’ensemble est une sorte d’espalier sur lequel on grimpe, du moins tente de grimper avant de dégringoler. Le reste du plateau, grâce à des éclairages variés de Renaud Ceulemans sera voie ferrée pour traquenard, studio photographique de kermesse, paradis ou purgatoire aux anges noirs qui accueillent les suicidés, aire domestique où la mère célibataire élève sa fille du mieux possible.

La mise en scène de Myriam Muller laisse place belle à la parole. La troupe, qui agrémente l’ensemble de ses musiques et chants bienvenus, est plutôt inégale. Il faut dire que reprendre un spectacle bien après une tournée terminée depuis un moment pour un nombre restreint de représentations ne favorise pas l’implication totale de tous, d’où un rythme un peu lent, une présence corporelle parfois approximative. L’essentiel reste que le message passe : la violence, particulièrement entre partenaires supposés épris, démontre la mauvaise foi patriarcale de manière implacable notamment dans la scène finale lorsque Liliom, renvoyé sur terre pour y accomplir une bonne action afin d’alléger le péché de son suicide, finit par battre sa fillette au lieu de lui témoigner la moindre affection.

Durée : 1h40
En tournée :
31.06. 2024 : , Montpellier Printemps des Comédiens
12,13>14.06.2024 :L’Idéal (Théâtre du Nord) Tourcoing

Distribution : Mathieu Besnard, Isabelle Bonillo, Jorge De Moura, Rhiannon Morgan, Sophie Mousel, Clara Orban, Valéry Plancke, Manon Raffaelli, Raoul Schlechter, Jules Werner, Catherine Mestoussis ; mise en scène : Myriam Miller ; scénographie Christian Klein ; texte : adapté de Ferenc Molnar ; costumes Sophie Van den Keybus ; lumières Renaud Ceulemans ; vidéos Emeric Adrian ; direction musicale :Jorge De Moura & Jules Werner ; création sonore : Patrick Floener ; assistanat à la mise en scène :Antoine Colla ; productiion : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
Comparer : version de Jean Bellorini : https://www.webtheatre.fr/Liliom-de-Ferenc-Molnar ; version de Jean-Luc Chofrin : https://www.webtheatre.fr/Liliom-de-Ferenc-Molnar
Lire : Ferenc Molnar, "Liliom ou la vie et mort d’un vaurien", éditions Théâtrales.

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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