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Critiques / Théâtre

Le crepuscule du Che

par Marie-Laure Atinault

Le Petit Montparnasse

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Ange ou démon, Che Guevara dépassé par sa légende, avec un Olivier Sitruk formidable !

Sa figure d’ange de la révolution a été arborée par des générations qui voyaient en lui une victime du pouvoir. Que ce soit sur des t-shirt ou des affiches, le Che était un symbole pour une jeunesse en révolte.
Après le film de Walter Salles Carnets de voyage ou le diptyque de Steven Soderbergh, la légende en a pris un coup. Que peut apporter le théâtre, qui n’a pas les moyens du cinéma, pas de grands espaces, pas de figuration nombreuse ? Justement la pièce de José Pablo Feinmann raconte la dernière nuit du Che, et joue la carte du huis clos. Il sait qu’il vit ses dernières heures. Nous sommes le 8 octobre 1967, dans la petite école de La Higuera en Bolivie, qui sert de prison au Che. Un journaliste lui rend visite mais c’est un journaliste du troisième millénaire, ni compatissant, ni militant, ni ennemi. Il veut comprendre le parcours de « El Commandante ».

Il cherche à pister les dérives d’un homme épris de justice et de liberté, dépassé par son combat, qui à son tour a donné la mort, lui le médecin idéaliste. Lors de cette nuit, le temps est comme aboli. Les spectres du passé peuvent s’inviter dans la prison improvisée. Comble d’ironie le Che qui voulait que les paysans puissent recevoir l’éducation, est enfermé dans une école !

José Pablo Feinmann ne fait de Ernesto Che Guevara ni un saint, ni un monstre. Celui qui est devenu une icône, une star du marketing grâce à la photo d’Alberto Korda, devient un homme dépassé par son destin. En resserrant la conversation entre les deux hommes, l’auteur arrive à cerner un Guevara à la fois plus humain, un idéaliste prit au piège de ses propres contradictions. El Commandante doit agir en chef s’il veut se faire respecter, et donc oublier certaines de ses idées. Appeler à comparaître lors de cet interview qui fait fi des époques, ses compagnons dont le plus illustre est Fidel Castro, des paysans et des ennemis qui ont jalonné le parcours de Guevara. La mise en scène de Gérard Gelas joue beaucoup avec le pouvoir évocateur de la nuit, ses bruits feutrés, ses ombres portées. Il fait confiance au texte, et ne va jamais dans un folklore ou un désir de reconstitution. Le propos n’est pas là. La grande qualité de Gérard Gelas est de choisir des comédiens inattendus, il ne suffit pas d’avoir une barbe et une belle gueule pour être le Che, Olivier Sitruk dépasse la simple ressemblance. Son jeu tout en retenu, est parfaitement dosé. Il compose un homme lucide et dans une évocation du passé, être ce jeune médecin révolutionnaire. Avec ce rôle sa carrière prend un virage décisif. En face de lui, l’impressionnant Jacques Frantz, une stature d’ours, une présence qui aurait pu être écrasante, mais avec son partenaire il s’accorde parfaitement bien. Ils jouent tous les deux, bel et bien la musique d’une nuit où la vie d’un homme reprend ses droits, même si la légende est un peu écornée.

De José Pablo Feinmann, mise en scène Gérard Gelas, avec Olivier Sitruk, Jacques Frantz, Laure Vallès, Guillaume Lanson, François Santucci.

Petit Montparnasse du mardi au samedi à 19H et le dimanche 15H

Tél/01 43 22 77 74

Marie-Laure Atinault
Le spectacle crée au Festival Avignon OFF 2010 au Théâtre du Chêne Noir

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2 Messages

  • Le crepuscule du Che 17 mars 2011 18:09, par Paul

    Un excellent spectacle complètement raccord à l’actu des révolutions Et un jacques Frantz extra dans son rôle. petit bémol pour sitruk en Che convaincant mais un peu distant.

    repondre message

  • Le crepuscule du Che 21 mars 2011 22:28, par Christophe

    Complétement d’accord avec le précédent commentaire, Jacques Frantz très présent, puissant et entier dans son rôle.. impressionant..
    Sitruk manque un peu d’ampleur et de passion en Che dommage...
    Le tout est une pièce excellente, une belle leçon d’histoire

    repondre message

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