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Critiques / Théâtre

La vie est un rêve de Pedro Calderón de la Barca

par Marie-Laure Atinault

Un spectacle passionnant !

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Heureux ceux qui ne connaissent pas encore cette belle pièce de Pedro Calderón de la Barca. Ils vont pouvoir la découvrir dans la mise en scène de Jacques Vincey.
Pedro Calderón de la Barca est l’un des grands auteurs du Siècle d’Or espagnol. Sa mort en 1681 en marque d’ailleurs le déclin. Ses premières œuvres sont des comédies de cape et d’épées mais cet homme, qui finalement conjuguera trois carrières, aura une œuvre touchant différents genres. Il est encore bien méconnu en France. La vie est un rêve est sa pièce la plus connue, et la plus jouée en France. Le titre original La vida es un sueño fut souvent traduit par La Vie est un songe. Jacques Vincey a choisit la nouvelle traduction de Denise Laroutis qui a estimée, et à juste titre, que le mot songe n’avait plus la même résonance qu’autrefois.
Songe, rêve ou cauchemar, mais que pense Sigismond ? Le pauvre prisonnier, enchaîné, traité comme une bête, avec moins d’égard. Qui est-il ? Un dangereux meurtrier, un voleur ? Sigismond est le Prince héritier mais son enfance fut celle d’un séquestré. Au lieu de connaître les ors et les mets les plus exquis, d’avoir les meilleurs précepteurs, son geôlier Clothalde lui a enseigné des rudiments.
Pauvre Sigismond, il est la victime du syndrome Laïos (le père d’Œdipe). Son père, le roi Basile gouverne en roi éclairé sur son royaume. Mais une prédiction annonce que son fils créera le chaos. Désormais le roi doute et fait revenir à la cour Sigismond. Il utilise un subterfuge, il lui fera croire qu’il fait un songe, un rêve éveillé. Sigismond, le prisonnier solitaire de la Tour, se retrouve au milieu d’une cour où tout est étrange pour lui. Mais le jeu du rêve peut se révéler fort dangereux et le miroir de la vérité peut se briser en coupant de ses éclats les affabulateurs et les menteurs.
On reconnaît le goût de Pedro Calderón de la Barca pour les romans de capes et d’épées : l’honneur bafoué que l’on veut venger, la conspiration, les preux chevaliers, les mystères et les complots. La pièce est foisonnante et se lit sur plusieurs niveaux. Le monde n’est qu’apparence, le théâtre n’est qu’illusion, la vie est un songe, faut-il la rêver ?


Quel spectacle passionnant ! La pièce commence avec un animal fabuleux, un étrange cavalier et un prisonnier qui a des allures du masque de fer. L’auteur nous propulse de l’ambiance sombre de la tour à une cour brillante. Quelle gageure pour un metteur en scène ! Jacques Vincey a empoigné ce texte qui pourrait être un monstre comme l’est L’Illusion comique de Corneille. La scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy est comme une ossature à la Baltard. Les murs de la prison tombent et laissant entrer la lumière du palais. Les lumières de Marie-Christine Soma sculptent l’espace du rêve. Jacques Vincey, à qui l’on doit un mémorable Banquet de Platon avec les comédiens-français, aime les univers à la lisière du sensible et de l’intangible. Il offre aux spectateurs des clefs pour appréhender cette œuvre majeure. Il a su balancer entre les univers, les genres présents dans l’œuvre. Tout cela rythmé par une langue somptueuse, philosophique et poétique. Pour cette nouvelle aventure, il a réunit une belle distribution parfaitement équilibrée. En tête, Philippe Morier-Genoud qui donne une humanité et une réflexion au Roi Basile qui a voulut conjurer le destin et qui doute. Voir ce grand comédien est toujours un moment rare, il émane de lui une telle force. Il donne à ce Roi qui a le courage d’une réflexion sur le pouvoir qui est sans concession, de la grandeur. Sigismond lui est un personnage brut, comme une pierre mal polie. Toute la pièce est basée sur le jeu des apparences et le Prince prisonnier est bien bâti de cette matière. On le plaint puis on le déteste. Autour de lui tout est mensonge, il tue mais il aime de la même ferveur, il est sans détour. Antoine Kahan campe avec force, ce personnage jeté dans un jeu où le pouvoir a voulu faire de lui une marionnette. Sigismond est un rôle ingrat, difficile, car il doit vivre entre deux mondes comme un somnambule. Antoine Kahan est un comédien à suivre. Nous disions plus haut que Calderón de la Barca touchait plusieurs univers avec le personnage de Clairon nous sommes en pleine comédie. Philippe Vieux est impeccable. Jacques Vincey est le maître de ce rêve que les spectateurs suivent les yeux grands ouverts.

La vie est un rêve de Pedro Calderón de la Barca (1600-1681)
Texte français Denise Laroutis, mise en scène Jacques Vincey.
Avec Florent Dorin, Philippe Duclos, Noémie Dujardin, Antoine Kahan, Alexandre Lecroc, Estelle Meyer, Philippe Morier-Genoud, Renaud Triffault et Philippe Vieux.
Au Théâtre du Nord (Lille) jusqu’au 1er décembre, du 6 au 8 décembre à la Criée Théâtre National de Marseille, du 15 janvier au 2 Février au Théâtre 71 Scène nationale- Malakoff. Tél : 03 20 14 24 24

Photos : Pierre Grosbois

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