La mort d’Olivier Schmitt
De la critique du "Monde" aux coulisses de la Scala

La nouvelle de la mort d’Olivier Schmitt, grand journaliste théâtral et personnalité du monde artistique, vient de semer une profonde émotion au sein du monde de la presse et du monde culturel. Il est décédé le 4 avril – jour de son anniversaire – d’une crise cardiaque, peu après un malaise subi au moment où il fêtait la sortie d’un de ses textes – un salut à l’agence de design Sigma. Il avait 68 ans.
Pour beaucoup, il restera l’un des grands critiques du journal Le Monde où il fut l’une des plumes principales de la rubrique théâtrale de 1984 à 2003, en même temps que Michel Cournot et Brigitte Salino. Mais il avait eu auparavant une activité journalistique importante, ayant été formé au Centre de formation des journalistes de Paris et ayant fait ses débuts au Monde, justement. Il s’était d’abord consacré aux informations sur les transports, la région Ile-de-France, le tourisme et les voyages. Quand il a commencé à écrire sur le théâtre, il ne découvrait pas ce domaine, ayant, par exemple, suivi et bien connu le TNP de Roger Planchon.
Mais cet esprit curieux n’était pas l’homme d’une seule passion. Quand il cessa la critique dramatique, il participa à la création du supplément hebdomadaire du Monde (il en fut un temps le rédacteur en chef), alla travailler auprès de Martine Aubry puis, comme responsable de la communication, avec l’architecte Jean Nouvel. Ensuite le théâtre le rattrapa. En 2016, il rejoignit l’équipe qui ressuscita la salle de la Scala à Paris. Les directeurs, Frédéric et Mélanie Biessy, le prirent avec eux comme conseiller artistique. Et l’on peut dire qu’il fut pour beaucoup dans l’extraordinaire réussite de la Scala, actuellement l’un des lieux les plus cotés de la capitale. Il n’en assurait pas moins des missions extérieures, comme celle qu’il n’a sans doute pas achevée et que les Musées nationaux lui avait commandée (une enquête sur les équipes et responsables de musées).
Penseur brillant, analyste rapide, esprit éclectique, malicieux et savant, aux formules souvent foudroyantes, il a admirablement saisi notre temps dans ses très nombreuses chroniques. L’avenir s’y réfèrera quand il faudra retrouver le talent de tel ou tel artiste. Olivier Schmitt, cet homme qui parvenait à rester courtois, amical et élégant dans le monde furieux où nous sommes, laisse plusieurs livres importants. Il demeure parmi nous notamment grâce à son dialogue avec l’un des comédiens essentiels du théâtre, Terzieff, Entretien (Flammarion, 2001), livre issu d’émissions télévisées de la chaîne Histoire : le journalisme et le débat à la radio et à la télévision sont une autre facette du personnage) et la passionnante Intégrale des ombres (Actes Sud, 2018 : l’histoire de cette Scala qui, avant d’être le théâtre respectable qu’il est, fut bien autre chose). Il éclairait tout sujet avec le juste rayon de lumière, la juste flamme.
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