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Critiques / Opéra & Classique

La Rose Blanche/Die Weisse Rose de Udo Zimmermann

par Caroline Alexander

Révolte – résistance - un garçon, une fille, ils ont vingt ans dans l’Allemagne du Troisième Reich. Ils se révoltent, ils agissent. Ils en meurent

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En 1943, quand Hitler tentait encore d’étendre son hégémonie sur le monde et sur le peuple allemand soumis à sa dictature, quelques mouvements d’éphémères résistances naissaient dans la clandestinité. Le plus emblématique fut celui créé par deux étudiants munichois, frère et sœur, Sophie et Hans Scholl et leur ami Christoph Probst, d’abord enrôlés malgré eux dans les jeunesses hitlériennes, puis dénonciateurs pacifiques de la barbarie du système. Leur révolte baptisée Die Weisse Rose, La Rose Blanche, se traduisit par des tracts de mise en garde tirés à deux mille exemplaires. Ils leur valurent arrestation immédiate, condamnation et décapitation pour l’exemple.

Vingt-quatre ans plus tard, le compositeur Udo Zimmermann, né l’année de leur exécution, composa en leur mémoire un opéra. Une première version sur un livret de son frère Ingo relatait les faits avec de nombreux personnages et changements de décors. Sa création en 1967 se heurta à l’indifférence. Udo laissa passer une autre vingtaine d’années avant d’en remanier complétement la structure sur un nouveau livret confié au dramaturge Wolfgang Willaschek. Le destin de Hans et Sophie y est condensé sur la dernière heure de leur courte existence, sur leur prise de conscience, leur révolte et l’engagement qui les mena à une mort consciente. Et cette épure pour deux voix et un orchestre se mua à la fois en réquisitoire et en plaidoyer intemporel.

« Plus jamais ça ! » étaient au lendemain de la seconde guerre mondiale les mots de passe universellement prononcés. Ils ne le sont plus de nos jours. Die Weisse Rose/La Rose Blanche de Sophie et Hans Scholl continue de témoigner. Le rejet d’hier n’est plus entendu aujourd’hui.


Après Hambourg où cette deuxième version fut créée en février 1986, en France, c’est l’Opéra de Lyon qui fut le premier, en 1998, à le présenter dans le cadre très spécial, infiniment évocateur de son Musée-Centre d’Histoire et de la Résistance et de la Déportation. Le metteur en scène suisse Stephen Grögler était déjà aux commandes pour sa réalisation et sa scénographie. C’est cette production bouleversante de sobriété qu’Angers-Nantes Opéra programma en 2013 (voir WT 3601 du 6 février 2013 le compte-rendu de Christian Wasselin). L’Opéra National de Lorraine vient de le mettre à l’affiche dans un lieu inhabituel, l’espace de sa Manufacture. Inhabituel pour un spectacle lyrique car privé de fosse d’orchestre.
Cette absence, a priori en contradiction avec les règles de l’opéra, apporte ici un supplément d’étrangeté et d’enfermement en osmose avec les monologues échangés par Sophie et Hans dans les heures qui précédèrent leur mort.

L’orchestre symphonique et lyrique de Nancy est placé sur un espace surélevé du fond de scène nimbé d’une brume dont la densité varie selon les lumières filtrées par Cyril Mulon. La scénographie de Stephan Grögler fait apparaître un mur olivâtre qui sépare les musiciens de de l’espace de jeu : une sorte de dune de terre battue et de poussières rousses. Deux chaises. Deux lampes suspendues dans le vide en constituent le décor.


Sophie/Elizabeth Bailey et Hans/Armando Noguera vont y vivre les derniers moments de leur existence. Bercés, secoués, habités par la musique de Zimmermann aussi complexe que leurs jeunes vies. Issu de l’école de Darmstadt, Zimmermann est adepte du sérialisme mais ne s’y limite pas. Ses composantes atonales sont essaimées de mélodies, d’airs d’enfance, d’amorces de valses, de litanies mortuaires, de crescendos en fusées qui explosent en segments tranchants. Schönberg, Stockhausen veillent, Kurt Weill fait signe discrètement.

Quarante minutes de musique pour chacun des personnages, une sacrée performance à soutenir dans une composition qui dure à peine une heure et quelques minutes. Ils ont à affronter toutes les prouesses, des chants a capella, des interventions parlé-chanté. Elizabeth Bailey, soprano anglaise maîtrise avec élégance les suraigus de six contre-ut tout en équilibrant les degrés d’une émotion à fleur de nerfs, l’argentin Armando Noguera à la voix claire de baryton martin lui fait écho avec la même expressivité et le même dynamisme. Tous deux sont merveilleusement guidés par la fine, la très délicate direction d’acteurs de Stéphan Grögler. Depuis le temps qu’il s’est investi dans cette Rose Blanche il la connaît comme si elle était son double.

En raffinement et précision, Nicolas Farine a formidablement apprivoisé les quinze musiciens de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy. Entre les halètements tragiques orchestraux, la harpe, le violon solo, la flûte traversière charrient les émotions comme de subtiles caresses.

Grâce à eux Sophie et Hans sont toujours présents.

Au-delà d’une œuvre musicale, La Rose Blanche, Die Weisse Rose est un manifeste contre l’oubli.

Une exposition « La Rose Blanche – Résistance des étudiants allemands à Hitler » se tient au Goethe Institut de Nancy jusqu’au 15 juillet

La Rose Blanche-Die Weisse Rose de Udo Zimmermann, livret de Wolfgang Willaschek, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Nicolas Farine, mise en scène et scénographie Stephan Grögler, lumières Cyril Mulen, costumes Véronique Seymat. Avec Elizabeth Bailey et Armando Noguera.

Nancy-La Manufacture – les 20, 24, 25, 27, 28, 31 mai, 1er et 3 juin à 20h . Le 22 mai à 15h

03 83 85 30 60 – www.opera-national-lorraine.fr

Photos Jeff Rabillon - Angers-Nantes Opéra

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