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Critiques / Opéra & Classique

Résistance, Rose blanche, opéra

par Christian Wasselin

La dernière nuit de deux condamnés, tel pourrait être le sous-titre de La Rose blanche d’Udo Zimmermann.

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Plusieurs complots furent organisés contre Hitler, dont celui du 20 juillet 1944 organisé par Claus von Stauffenberg, mais on sait moins qu’un mouvement de résistance civile ennemi de la violence vit le jour fin 1942 à l’Université de Munich. Baptisé Die weisse Rose (La Rose blanche), ce mouvement fut notamment animé par Hans et Sophie Scholl, deux membres des Jeunesses hitlériennes qui peu à peu avaient pris conscience de la folie dans laquelle le nazisme entraînait l’Allemagne et le monde tout entier. Mouvement héroïque et idéaliste : les membres de La Rose blanche utilisaient le seul pouvoir des mots (via tracts et graffitis) pour clamer leur révolte et réveiller les consciences. Mouvement éphémère également : Sophie et Hans Scholl furent arrêtés et exécutés en février suivant.

C’est ce sujet qui a inspiré à Udo Zimmermann, né en 1943 à Dresde (à ne pas confondre avec Bernd-Alois Zimmermann, l’auteur des Soldats), deux opéras successifs portant le même titre, Die weisse Rose. Le premier, sur un livret du frère du compositeur, fut créé le 17 juin 1967 : il s’agit d’un drame historique à grand orchestre. Le second, qui n’est pas une refonte du premier mais une tout autre partition, vit le jour le 27 février 1986 à l’Opéra de Hambourg. C’est ce second ouvrage qui est actuellement à l’affiche du Théâtre Graslin, à Nantes, après avoir été représenté au Grand Théâtre d’Angers (les deux villes étant réunies sous la houlette de la structure baptisée Angers Nantes Opéra).

Concision et abstraction

La seconde Rose blanche de Zimmermann se présente sous la forme d’un opéra de chambre assez bref (moins d’une heure et quart) à deux personnages, Sophie et Hans (la sœur et le frère) qui, la veille de leur décapitation, veillent dans leur cachot. Le livret, dû à Wolfgang Willaschek, réunit des lettres, des réflexions, des extraits de tracts, etc. mais sans référence explicite à l’Allemagne nazie, si l’on excepte le titre. L’ouvrage évoque les angoisses et les convictions des deux personnages (portés par leur foi luthérienne), et chante, plus encore qu’Il prigioniero de Dallapiccola ou Fidelio, la force de l’esprit contre la barbarie de l’Histoire.

La musique de Zimmermann a un objet : dénoncer l’oppression. Aussi le compositeur n’a-t-il pas conçu un objet musical pur et parfait qui ferait allégeance à un système, sériel ou autre. (Il y aurait toute une réflexion à mener sur le thème de la résistance par le théâtre et la musique dans la RDA où vécut Zimmermann.) Un thème principal assez chantant féconde l’ensemble, et s’étoffe de rythmes funèbres, de valses tristes, de crescendos implacables, avec un petit orchestre d’une quinzaine de musiciens aux couleurs tranchantes, ici le Nouvel ensemble contemporain (fondé il y a vingt ans à Neuchâtel, en Suisse) dirigé par Nicolas Farine avec le lyrisme et la fermeté qui conviennent. La harpe joue un rôle essentiel (acerbe ou consolateur), elle se télescope aux cuivres et donne sa couleur à une musique qui réveille bien des images de la culture allemande, des musiques de Bach, Schoenberg, Weill, Eisler, aux dessins torturés de George Grosz ou aux toiles d’Otto Dix.

Art et culture

La mise en scène de Stephan Grögler est une belle réussite car il s’agit là d’animer une partition qui est d’abord un poème lyrique et dont l’action, toute intérieure, n’avance pas au sens théâtral du mot. Dans un décor réduit à un mur, un sol de terre battue, une gouttière, deux lampes et deux chaises, les deux chanteurs s’engagent corps et âme : tout n’est que chaleur chez Armando Noguera, tout n’est que présence chez Elizabeth Bailey. Baryton et soprano, idéalement accordés, n’ont pas à affronter ici des intervalles inchantables mais à exprimer tout ce qu’il y a de beauté dans une partition qui, comme son sujet, croit à l’inévitable victoire de la transcendance.

A noter que les représentations, outre les débats et les émissions radiophoniques, est accompagnée d’une exposition (dans le hall du Théâtre Graslin) qui replace l’œuvre dans son contexte historique : qu’est-ce que la résistance ? quelles sont ses armes ? quel est le pouvoir des mots et des convictions face à une réalité comme le nazisme qui n’a rien d’une doctrine spirituelle ?

photo Jef Rabillon

Udo Zimmermann : La Rose blanche. Avec Elizabeth Bailey (Sophie) et Armando Noguera. Nouvel ensemble contemporain, dir. Nicolas Farine. Mise en scène de Stephan Grögler, costumes de Véronique Seymat, lumières de Didier Henry. Une coproduction Jeune opéra compagnie-Arc en scènes, théâtre populaire romand-La Chaux de Fonds. Prochaines représentations au Théâtre Graslin les 8 et 10 février (www.angers-nantes-opera.com).

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