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Critiques / Parution

La Passe imaginaire d’après Grisélidis Réal

par Gilles Costaz

Un cérémonial du sexe

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Grisélidis Réal n’aurait pas imaginé le succès qu’aurait au théâtre ses écrits autobiographiques. On ne compte plus les adaptations de ses textes sur sa vie de prostituée suisse ayant exercé son activité en France et en Suisse. De Judith Magre et Coraly Zahonero (à la Comédie-Française) à Roxane Borgna beaucoup de comédiennes ont été fascinées par le personnage et les aveux. A présent, c’est une actrice-danseuse, Etcha Dvornik, qui transpose La Passe imaginaire, texte un peu différent des autres puisqu’il est né d’un dialogue épistolaire avec Jean-Luc Hennig. Cet intérêt n’est pas un phénomène de mode. Grisélidis Réal, qui était aussi peintre, s’est révélée comme un écrivain exceptionnel et rend compte de ses relations avec des clients généralement prolétaires d’une façon toute nouvelle (du moins, dans les années 70-90) et avec une tendresse très profonde. Elle se considérait comme quelqu’un qui soulageait l’humanité, et particulièrement les ouvriers arabes et portugais qui profitaient de son corps et de ses caresses. Mais, parfois, la brutalité de l’appétit sexuel du client contrariait violemment un altruisme qui la définissait et auquel elle revenait sans cesse. Il y a tant d’écart entre le coït concret et la « passe imaginaire ».
Le spectacle que propose Etcha Dvornik est étrange, proche de l’art brut, en rupture avec les canons d’une représentation esthétique ou fantasmée. Le sol est couvert d’éléments qui paraissent jetés : c’est un capharnaüm. Le personnage de la prostituée, que joue Etcha Dvornik, se confie entre des moments d’une danse souvent exécutée de dos et surtout concentrée dans les mouvements latéraux ou giratoires des bras. Elle tombe souvent à terre, ses jambes semblent se débattre, tantôt comme dans une lutte, tantôt comme dans l’acte sexuel. Elle dit, fort bien, avec un léger accent, les récits de Grisélidis Réal. Comme chez Genet, on est entre l’ordure et le sacré, la violence et l’absolu. Cette femme en scène est partagée entre la douleur et le sentiment d’une certaine noblesse dans la pratique professionnelle du sexe. Etcha Dvornik confronte au texte de Grisélidis Réal au style de danse qu’elle pratique, à partir d’un centre de gravité qui attire l’interprète plus vers le sol que vers le ciel. C’est une soirée qu’on peut rejeter mais qui est tout à fait originale dans sa mise au point d’un cérémonial fondé sur le ténébreux et le souterrain de l’être humain.

La Passe imaginaire d’après le livre de Grisélidis Réal (correspondance avec Jean-Luc Hennig), adaptation, mise en scène et interprétation d’Etcha Dvornik.

La Comédie Saint-Michel, 95 boulevard Saint-Michel 75005 Paris, 21 h 30 le jeudi, réservations par internet (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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