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Critiques / Opéra & Classique

La Fille du régiment de Gaetano Donizetti

par Charles Rosenbaum

Une vivandière de luxe à Londres

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Quand Lili Pons chanta en 1940 « Salut la France » à New York, elle rendit un vibrant hommage à son pays natal. Cet hymne, c’était le final de La Fille du régiment de Donizetti, composé un siècle auparavant. Le « Rossignol français » coqueluche des mélomanes new-yorkais n’avait pas hésité. C’était l’ouvrage le plus français, le plus francophile jamais écrit par un compositeur, italien de surcroît.

Il aura pourtant fallu traverser la Manche et se retrouver au Covent Garden de Londres pour entendre cet opéra, un peu dans l’ombre de Lucia de Lammermoor, L’Elixir d’Amour ou même de Don Pasquale. Pourtant l’œuvre très « napoléonienne » est constellée d’airs connus, de véritables « tubes » en leur temps. L’ouverture est une marche militaire très utilisée par l’armée française. En dehors du retentissant « Salut la France », on sifflote volontiers le « Ra ta plan » avec l’original de la fameuse chanson 1900 « Madame Arthur » et surtout « Ah mes amis, quel jour de fête ! » Cela aurait déjà satisfait un grand nombre d’amateurs. Mais il y avait la cerise sur le gâteau, un casting de rêve, à faire pâlir tous les patrons de maisons d’opéra. Natalie Dessay, Juan Diego Florez, et le metteur en scène Laurent Pelly. Il ne manquait rien, même si on y retrouve des éléments de la Grande Duchesse de Gerolstein d’Offenbach présenté au Châtelet l’année dernière. Les grenadiers de la Grande Armée en bleu horizon et en kaki, un char d’assaut et toute la panoplie habituelle d’anachronismes burlesques chers à Pelly. Les mélomanes britanniques ont vivement apprécié la très ingénieuse scénographie de Chantal Thomas et les effets comiques des dialogues finement adaptés par Agathe Mélinand et fidèlement traduits dans les surtitres Où l’on a pu entendre des allusions au Jeux Olympiques de 2012.....

Natalie Dessay qui s’était déjà produite au Covent Garden (Hamlet d’Ambroise Thomas) a, une fois de plus, chanté et joué exceptionnellement. Dirigée, « coachée » par son complice Laurent Pelly, elle a multiplié les performances vocales notamment dans le fameux « Chacun le sait ». Elle a sans doute égalé ses illustres devancières Lily Pons, Mady Mesplé, June Anderson, sans toutefois s’approcher de Joan Sutherland, la Stupenda. Frétillante, sautillante, pétulante, elle a été une vivandière Marie accomplie, subjuguant son public. Un numéro de haute école !.
Juan Diego Florez est le grand ténor léger du moment. Son interprétation de Tonio a été très applaudie. Le ténor péruvien, à la belle prestance qui se réclame de Luigi Alva et surtout d’Alfredo Kraus, reste sans doute le meilleur spécialiste du rôle. Ses neuf contre-ut sont des chefs d’œuvre lyriques Felicity Palmer a exprimé son talent habituel dans le rôle de la Marquise de Berkenfeld, mère peu avouée de Marie, adoptée par le 21ème régiment , en guerre dans le Tyrol. Dawn French, comédienne réputée en Angleterre, a campé une Duchesse de Crakentorp, irrésistible de drôlerie.

Le chef Bruno Campanella avait déjà dirigé La Fille du régiment avec June Anderson et Alfredo Kraus emporta avec punch et lyrisme l’orchestre et les chœurs du Royal Opera House..Une fort belle production qui, hélas, ne viendra pas à Paris, mais que les inconditionnels pourront voir à Vienne et à New York.

La Fille du régiment opéra en deux actes de Gaetano Donizetti, livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean François Alfred Bayard, créé le 11 février 1840 à l’Opéra Comique de Paris. Direction musicale Bruno Campanella, Orchestre du Royal Opera House, Chœur du Royal Opera, chef de chœur Renato Balsadonna., mise en scène et costumes Laurent Pelly, scénographie de Chantal Thomas.
Natalie Dessay Marie, la vivandiere, Juan Diego Florez Tonio, Felicity Palmer La Marquise de Berkenfeld, Alessandro Corbelli Sulpice Pingot, un sergent du 21ème Regiment, Dawn French La Duchesse de Crackentorp.
Coproduction avec le Staatsoper de Vienne et le Metropolitan Opera de New York.

- Représentations le 18, 20, 23, 25, 27,29 janvier et 1er février 2007 à 19h30..

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