Accueil > L’illusion comique

Critiques / Théâtre

L’illusion comique

par Marie-Laure Atinault

Sans illusion ni comédie

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

L’Illusion comique a la réputation d’être une pièce difficile. Réputation on ne peut plus fondée au vu des derniers avatars que le "monstre" de Corneille a subit ces dernières années. Depuis la mise en scène historique de Giorgio Strehler à l’Odéon, aucun metteur en scène n’a réussi le mélange de merveilleux et de fable philosophique. La réputation de Brigitte Jaques-Wajeman n’est plus à faire et le travail qu’elle avait réalisé avec brio sur La Place royale et La Mort de Pompée nous avait rendu confiants. Elle possède sur le bout des doigts son petit Corneille illustré. Hélas, trois fois hélas, nous n’avons trouvé cette fois ni illusion, ni comédie.
La pièce de Corneille fut représentée la même année que Le Cid. C’est l’œuvre d’un homme jeune. Elle remporta des fortunes diverses et fut remaniée par l’auteur à la fin de sa vie. Mi poétique, mi burlesque, elle dérape vers la tragédie jetant le spectateur sur de fausses pistes. Ici, plus que dans d’autres pièces, le spectateur doit garder son statut de spectateur. Le propos est à la fois compliqué et simple.

L’antichambre de Freud

Clindor est un fils de bonne famille bourgeoise. Après un larcin, il s’est soustrait à l’affection de son père. Ce dernier est recommandé à Alcandre, un magicien qui pourrait lui donner des nouvelles de son fils. Le magicien entraîne le père dans sa grotte et lui propose de lui montrer la vie de ce fils perdu qui a connu la misère et la gloire. Nous ne voudrions pas déflorer la saveur de la découverte à ceux qui ne connaissent pas encore les méandres de cette histoire sinueuse qui mêle la comédie, la fantaisie et la tragédie. Même si, en l’occurence, il y a fort peu de merveilleux. Le tort en revient, en premier lieu, aux costumes. On le sait, il est de bon ton de monter une pièce avec des costumes décalés. Cette fois donc, pas de col de dentelle, point de bottes cavalières mais de bons complets vestons, façon années 30. Pour faire rigolo (!), Alcandre porte des baskets. La grotte d’Alcandre a souvent été comparée à celle de Platon et plus tard à une parente lointaine du cinémascope. Brigitte Jaques-Wajeman propose l’antichambre de Freud.

Un pur produit du Magic Circus

Sans être tatillon du détail et de l’exactitude pour le moindre accessoire, les costumes de l’équipage luxueux du fils Clindor ne prêtent pas à la fascination. Même le dévoilement de la supercherie savamment préparée par le fils faussement prodigue semble un peu "cheap". Matamore, vantard et pleutre est le personnage, dans la grande tradition de la comédie. Un pur produit du Magic Circus comme aurait pu l’imaginer Jérôme Savary. Ridicule à l’excès, quoique drôle, il en devient exaspérant, perdant la saveur du personnage. L’Illusion comique est une pièce à tiroir, ou plutôt à coffret secret, fort à la mode à l’époque de l’auteur. Il fallait posséder la petite clé qui ouvrait la serrure ouvragée, permettant de découvrir un autre coffret et ainsi de suite. Chaque coffret étant ciselé de façon originale et différente, à chaque coffret répond un acte, un état de la vie et une forme littéraire. L’illusion de Gennevilliers est froide. On ne ressent pas les émotions du père, ni l’émerveillement pour l’intrigue. Strehler peut dormir tranquille, il est insurpassé.

L’Illusion comique, de Corneille. Mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman. Avec Pascal Bekkar, Céline Bolomey, Armen Godel, Dominique Gubser, François Nadin, François Regnault, Bertrand Suarez-Pazos, Daniel Wolf...Théâtre de Gennevilliers. 01.41.32.26.26. Du 14 janvier au 6 février 2005.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.