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Critiques / Théâtre

L’Escale

par Marie-Laure Atinault

Huis clos intense

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Une salle d’attente dans un aéroport. Pas la salle d’attente commune, non, celle des premières. Les boissons y sont servies à volonté, les journaux du monde entier sont mis à la disposition des passagers. Il règne une ambiance feutrée. Le décor impersonnel a été étudié pour que le grand voyageur ne se sente pas dépaysé.

Un vieil homme arrive et s’installe gauchement. Il sort de sa poche un petit livre. Il le regarde avec les yeux d’un enfant devant un cadeau de Noël.
L’aventure qui est arrivée à Rabinovitch n’est pas commune. Voyageant souvent pour son métier- il est libraire à New York - il n’utilise habituellement que les secondes. Mais cette fois, une hôtesse lui a proposé d’échanger son billet de seconde contre un billet de première pour un autre vol, lui remettant en prime un petit livre précieux qu’il recherche depuis 60 ans. Tout à sa joie d’avoir en sa possession cet objet introuvable, il ne s’est pas interrogé sur cet étrange événement. Pourtant l’échange de billet et surtout le cadeau inestimable qu’on lui a fait aurait dû éveiller sa méfiance. Un autre voyageur tente d’engager la conversation. Il veut lui ouvrir les yeux. Mais sur quoi au juste ? Sur les fuseaux horaires qui s’emmêlent, sur le cadeau improbable qu’il a entre les mains, sur son passé ? Autant de questions auxquelles Rabinovitch ne voulait pas être confronté, de blessures qu’il ne voulait plus ressentir.

Comme un polar

Le théâtre La Bruyère a une solide réputation de qualité. Autant dire que l’on s’y rend les yeux fermés. L’auteur autrichien Paul Hengge est inconnu en France. C’est en Allemagne que Stephan Meldegg a travaillé ce texte pour la première fois et cela lui a donné envie de le faire découvrir au public français. Avec sa complice Attica Guedj, il l’a donc traduit et adapté. Construite comme un polar, la pièce mène le spectateur sur des chemins de traverse où l’on se perd en conjectures. L’intrigue se révèle peu à peu et les personnages se dévoilent progressivement. Il suffit d’écouter l’épais silence qui règne dans le théâtre pour mesurer la densité de cette enquête.

Deux grands comédiens

Philippe Clay et Philippe Laudenbach sont des sociétaires du théâtre La Bruyère. Le premier interprète le vieux bouquiniste Rabinovitch avec beaucoup de pudeur. Ce vieil homme a échappé à la solution finale. Il a quitté l’Allemagne, son pays natal, et les livres sont devenus sa patrie. Il est un géant aux pieds d’argile. Philippe Laudenbach à l’élégance d’un chat, il est l’autre voyageur, l’homme du hasard. Sa voix profonde, ses silences, sa présence, donne à ce personnage énigmatique une épaisseur pleine de complexité. Nous ne vous livrerons aucune clé. A vous de chercher dans le trousseau de votre cœur et de votre mémoire. Le public suit pas à pas ce thriller feutré à l’écriture élégante et à la fin, applaudit avec ferveur ces deux grands comédiens.

L’Escacle, de Paul Hengge. Texte français : Stephan Meldegg et Attica Guedj. Mise en scène : Stephan Meldegg. Avec Philippe Clay, Philippe Laudenbach, Juliette Armanet, César Meric. Théâtre La Bruyère. Du mardi au samedi à 21h. LE sam à 17h30. Renseignements : 01 48 74 76 99.

Crédit photo : LOT

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