Accueil > L’Elégant profil d’une Bugatti sous la Lune

Critiques / Théâtre

L’Elégant profil d’une Bugatti sous la Lune

par Marie-Laure Atinault

L’élégance d’une troupe pour un spectacle exigeant

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Du grand, du vrai, du trés grand théâtre qui ose affirmer sa spécificité. Rien ne naturaliste ici. Tout est théâtre, de la langue très poétique de Jean Audureau au décor sylvestre et aquatique de Jean-Christophe Cholet. Serge Transvouez nous convie à un voyage initiatique au coeur de l’oeuvre de Jean Audureau.

Un choc poétique

Lorsque Serge Transvouez découvre L’Elégant profil d’une Bugatti sous la Lune, il éprouve un choc. Il va lire toute l’oeuvre de Jean Audureau, pas à pas, pièce à pièce, il découvre l’univers trés personnel, la poésie d’une langue écrite pour l’ivresse du dire du comédien. Destin cruel pour Jean Audureau qui aura souvent l’impression d’être mal aimé ou incompris. Son oeuvre ne suscite jamais la tiédeur.
En 1983, Jean-Pierre Vincent monte à la Comédie Française Félicité avec Denise Gence et Françoise Seigner ne rencontre pas le public. Le spectacle suscite même la froideur, voire une hostilité bruyante. Pourtant en 1981, au Théâtre de l’Odéon A Menphis il y a un homme d’une force prodigieuse avec Tania Torrens, avait rencontré un public séduit par cette écriture sans compromis. Serge Transvouez a monté Katherine Barker la saison passée. Autant dire qu’il va au coeur des textes, dirigeant les comédiens sur la lisière fragile de la poésie symbolique de Jean Audureau.
L’Elégant profil d’une Bugatti sous la Lune est la dernière pièce de Jean Audureau, elle revêt une allure testamentaire. Cette dernière pièce est la plus belle. L’écriture est enivrante proche de celle de Claudel, l’emphase en moins. Elle est également la plus intime.

Au coeur de l’enfance

Au bord de la Loire, un château. Est-ce celui de Barbe Bleue, d’un ogre sanguinaire ? Plus encore, celui de Gilles de Rais, le terrible seigneur qui tortura, tua, viola des centaines d’enfants ; les pierres de son château en ruine résonnent encore des cris de ses victimes. Le château de Tiffanges, le petit Jean Audureau l’a vu des centaines de fois lors de promenades en automobile, lorsque son père conduisait non pas une Bugatti, mais une 402 Peugeot. Le destin tragique de Gilles de Rais, compagnon de Jeanne D’Arc, Maréchal de France,
seigneur de Tiffanges adepte d’alchimie avec le clerc Francesco Prelati. Il est condamné à mort en place publique. Mais des 800 victimes qu’on lui imputa aucun cadavre ne fut retrouvé.

Mais la légende est plus forte que tout et Gilles de Rais devint Barbe Bleue. Jean Audureau a transcendé la légende, imputant les peurs enfantines et ancestrales à un ogre nostalique. Gilles de Rais fascine par ses voitures de sport. Il devient nostalgique, embarrassé par ses crimes. Il veut rompre avec la tyrannie du désir. Prelati, son ange exterminateur et Marine, la rabatteuse d’ange lui proposent un enfant différent des autres : Gilles de Rais en le tuant, tue tout ce qu’il aime et rejoint la légende tragique.

Des comédiens habités

L’oeuvre de Jean Audureau est exigeante. Mais une fois que l’on pénètre cet univers où l’imaginaire théâtrale est si foisonnant que l’on on peut se laisser aller à l’ivresse. Yann Colette pour sceller son entrée à la Comédie Française ne va pas dans la facilité. Et cela lui va bien. Ce comédien exigeant trouve ici un rôle à sa mesure puisqu’il donne à cet ogre les larmes de l’innocence vaincue.
Tania Torrens parle “le Audureau” avec une aisance confondante. Elle fut plusieurs fois son interprète, son amie. Dans le rôle de la pourvoyeuse d’enfant elle est sublimement terrible face à une Isabelle Gardien, mère éperdue de douleurs. Christian Cloarec-François Prelati, excelle toujours dans les textes contemporains. Mais toute la troupe est à l’unisson. On remarquera Anne Cressent, issue du jeune théâtre national dans le rôle de la fille de Glles de Rais : elle est radieuse !
Le spectacle ne laisse personne indifférent. Pas de tiédeur dans les réactions du public, mais tous reconnaîtront le talent des comédiens, une scénographie portant le sens de l’oeuvre exigeante et si passionnante de Jean Audureau.

L’Elégant profil d’une Bugatti sous la Lune de Jean Audureau, mise en scène Serge Transvouez, avec Tannia Torrens, Isabelle Gardien, Christian Cloarec, Yann Colette, Pierre Mignard, Anne Cressent, Clémence Larsimon, Dimitrios Koundourakis, au Théâtre du Vieux-Colombier.Comédie Française, jusqu’au 18 octobre, Tél. 01 44 39 87 00

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.