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Critiques / Théâtre

L’Argent des autres

par Stéphane Bugat

Wall Street dans ses oeuvres

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Faire sourire et réfléchir, sur l’affrontement entre le capitaliste financier et l’industrie traditionnelle, c’est une performance.

Jerry Sterner a écrit cette pièce il y a une vingtaine d’années. Homme d’affaires reconverti à l’écriture, il y décortique avec roublardise une situation typique du capitalisme financier qui n’a évidemment rien perdu de son actualité. Le premier motif d’étonnement c’est de constater qu’en choisissant de mettre en scène ce texte, Daniel Benoin se distingue des habituels thématiques du tout venant de la production théâtrale. Le théâtre, qui a décidément des pudeurs hypocrites, à moins que ce ne soit des lâchetés convenues dès qu’il s’agit d’évoquer de front les grands thèmes de notre époque. Allez savoir pourquoi !
Laurence Garfinkle, alias "Larry le liquidateur ", un grand prédateur de Wall Street, jette son dévolu sur une entreprise de fils et câbles métalliques, gérée avec prudence et dans la plus pure tradition paternaliste par Andrew Jorgenson, l’héritier du fondateur. En effet, le directeur général, partant de l’activité centrale déclinante a su organiser d’efficaces diversifications. C’est donc une lutte au couteau qui s’engage entre Garfinkle, qui ne veut que dépecer l’entreprise pour vendre à profit ce qui peut l’être au risque de mettre les ouvriers au chômage, et Jorgenson, qui lui refuse d’admettre les nouvelles règles du jeu boursier. Entre les deux, une jeune avocate, qui défend la cause de l’agressé et rêve d’inscrire l’agresseur à son palmarès, ce qu’elle fera mais d’une tout autre manière que celle initialement envisagée.

L’intérêt de cette pièce, outre le sujet lui-même, c’est qu’elle se dispense de tout manichéisme. Et c’est ce que souligne délibérément la mise en scène pugnace de Daniel Benoin, qui s’appuie efficacement sur un dispositif de décors amovibles permettant de maintenir le rythme de l’action. Benoin s’est d’ailleurs réservé le rôle de Garfinkle, joueur, gouailleur et jouisseur, qu’il rend ainsi presque sympathique, face à Simon Eine, qui propose un Jorgenson psychorigide à souhait. Entre eux, Sophie Duez compose une jeune avocate ambitieuse et lucide, autrement dit parfaitement en prise avec les contradictions de son époque. Ce théâtre-là s’épargne les habituelles prétentions stylistiques, prend garde de nous imposer une vérité définitive et se contente de nous distraire en nous incitant à réfléchir. Ce qui n’est pas si fréquent.

L’Argent des autres, de Jerry Sterner. Adaptation de Daniel Benoin et Linda Blanchet. Mise en scène : Daniel Benoin. Avec Daniel Benoin, Sophie Duez, Simon Eline, Marc Olinger, Claudine Pelltier. Créé au Théâtre National de Nice. Au Théâtre du Luxembourg, jusqu’au 29 octobre. Tournée en préparation.

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