Du 4 au 21 juillet 2026 à 9h40, relâches les 9 et 16 juillet 2026, à La Manufacture-Intra Muros, Festival Off Avignon, 2 rue des Écoles.

J’ai jamais... de Rhiannon Collett, mise en scène Véa, interprétation Pénélope Ducharme.

Savoir qui on est - une personne profondément humaine.

J'ai jamais... de Rhiannon Collett, mise en scène Véa, interprétation Pénélope Ducharme.

« On vit dans une vieille maison délabrée sur le bord de la voie ferrée. Des fois, je fais exprès pour me réveiller vraiment tôt pour voir le soleil se lever sur les rails. Si t’arrives là au bon moment, tout devient comme doré, pis le chemin de fer se transforme en un océan que tu peux traverser à pieds. Je vole des cigarettes à mon père. Y les laisse dans la poche de son manteau près de la porte, pis j’en fume deux-trois avant d’aller à l’école. Y fait semblant de pas s’en rendre compte, mais y remet toujours un nouveau paquet. C’est comme si on se parlait sans rien dire. Mon père est pas fort sur les sentiments, fait que je prends l’intimité que je peux. » (J’ai jamais…)

Une parole éloquente et sensible, juste et sincère, brute de déco, sans fioritures, ni facilités ni complaisances juvéniles obligées, précise et implicite, de laquelle s’impose la spontanéité d’une vérité personnelle qui se cherche.

Rhiannon Collett est artiste et autrice dramatique non-binaire de Vancouver dont l’œuvre explore « la ritualisation du deuil, la performativité de genre, l’identité queer et les effets psychologiques de l’objectivation sexuelle ».

Sam et Kate sont inséparables. Quand la sœur de Kate est agressée, elles décident de la venger. Une nuit, elles attirent l’homme responsable dans une ruelle... et lui volent son cœur. Jeté au fond d’une rivière, ce cœur continue de battre ouvrant une brèche étrange dans la réalité et dans leur amitié.

Dans J’ai jamais..., Sam tente de faire le récit de ce qui l’a transformée. Entre réalisme et vertige fantastique, ce commentaire fait surgir une question : que reste-t-il de nous après nos actes et comment apprendre à se pardonner ?

J’ai jamais....est un conte fantastique sur la justice, la culpabilité et le vertige de se révéler à soi. Les émotions, les désirs et les tensions qui traversent Sam, y compris son attirance et son attachement pour Kate, sont vécues pleinement, sans filtre ni jugement, et participent à ce basculement subtil où l’amour, l’amitié et l’identité se mêlent et se transforment, toujours dans une zone floue entre ce qui est vécu et ce qui est rêvé, imaginé et inventé. Et
affleurent les tensions, désirs et contradictions - une expérience à vivre.

Sam est une jeune fille imparfaite et spontanée qui tente de devenir qui elle est à travers un récit où le réel et le fantastique se mêlent. Dans la scène de la ruelle par exemple, tout bascule. Le réalisme magique surgit : il neige en juillet, le temps se fige, et le cœur dont elle se saisit tombe dans la neige, continue de battre. Et la parole indistincte convie tant le réel que le rêve.

Comment vivre avec ce qu’on a fait, voulant se faire justice soi-même. Le spectacle rend compte aussi du parcours d’un personnage queer qui tente de comprendre ses émotions - attachements et erreurs. En majesté, s’impose la question du pardon - celui qu’on demande et celui qu’on s’accorde.

Une question de justice et de vengeance et d’émotion entière et souveraine. La crédibilité de Sam est en jeu, même quand le récit se fait invraisemblable. Continuer d’y croire, tels des adolescents en construction dans leur rapport à la colère, à l’amitié, au désir… Les deux amies apprennent à se connaître. Sont-elles ou non une "bonne personne" ? Pardon et résilience.

La prestation scénique en vigueur, la performance théâtrale assumée, repose sur l’art et l’ingénuité de l’interprète Pénélope Ducharme, vive et décidée, sûre d’elle-même et déterminée, qui regarde le spectateur droit dans les yeux quand son accent québécois à couper au couteau amuse et intrigue l’écoute.

L’héroïne narratrice et protagoniste s’exprime magnifiquement à travers une parole intuitive, clairvoyante et inquiète, puissante et fragile, se frayant un chemin dans sa quête existentielle qui n’en finit pas de l’étonner - elle-même et le public à ses côtés, ravi de tant de franchise et de loyauté face à la vie.

Un beau parcours verbal, scénique et incarné, existentiel enfin.

J’ai jamais... de Rhiannon Collett, mise en scène Véa, interprétation Pénélope Ducharme. Tout public à partir de 12 ans. Du 4 au 21 juillet 2026 à 9h40, relâches les 9 et 16 juillet 2026, à La Manufacture-Intra Muros, Festival Off Avignon, 2 rue des Écoles.
Crédit photo : Roxanne Ross.

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Véronique Hotte

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