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Reportages / Opéra & Classique

Il Signor Bruschino par la Dutch National Opera Academy

par Caroline Alexander

D’Amsterdam à Berlin, un Rossini voyageur et désopilant

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La Dutch National Opera Academy est une sorte de passerelle reliant le Conservatoire Royal d’Amsterdam à celui de La Haye. C’est une école à part entière enseignant les diverses pratiques de l’opéra et particulièrement celles des chanteurs destinés à des carrières professionnelles. Contrairement à l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris qui est plutôt un foyer de perfectionnement pour chanteurs déjà diplômés, la DNOA néerlandaise délivre un « Master » au bout de deux années d’études qui permet à ses élèves soit de joindre des formations ou ateliers comme celui de Paris ou simplement de se jeter illico dans le bain du métier.

Chaque année la DNOA monte, de A à Z, avec orchestre, décors et costumes, deux œuvres lyriques présentées en public, à Amsterdam, en Hollande profonde et même hors frontières. La dernière en date, Il Signor Bruschino de Rossini vient de voyager jusqu’à Berlin avec un formidable succès.

Bruschino ou les avatars d’un fils qui n’en est pas un. C’est, en musique joyeuse et mots coquins, l’histoire de Florville, joli cœur de bonne famille, amoureux dingue de Sofia, une belle tout aussi énamourée et qui adore roucouler avec lui en duo. Hélas, Gaudenzio, le tuteur de la belle, l’a promise au fils du vieux Bruschino, un bon à rien qui fait des dettes que papa ne veut pas rembourser. Pour comble d’infortune le père de Florville est fâché à mort avec le crétin de tuteur. Alors le gentil prétendant a l’idée d’un stratagème malin : se faire passer pour le fils de Bruschino, un fils qu’il aurait oublié quelque part dans les agitations de sa vie. Cavalcade de quiproquos, courses poursuites et jeux de cache-cache où tout, évidemment, se termine bien.

Des archets qui jouent aux percussionnistes

Rossini avait à peine 20 ans quand il se mit à composer une brochette de quatre farces en un acte dont la dernière Il Signor Bruschino lui fut inspirée par un conte venu de France « Le fils du hasard  » d’un certain Alissan de Chazet, (1774-1844), bibliothécaire à Versailles.Une heure à peine de musique voltigeuse dont l’ouverture, à sa création à Venise en 1813, souleva un tollé de protestations : les violons osaient user de leurs archets pour jouer aux percussionnistes. La cadence obtenue donnait envie de danser aux spectateurs mais fit trébucher les critiques. Elles furent navrées, voire sanglantes. Puis le succès l’emporta. Enfin l’oubli au profit des « locomotives » rossiniennes comme Le Barbier de Séville ou La Cenerentola.

La vigilance enthousiaste d’Alexander Oliver

Grâce à la DNOA, ce petit bijou vient donc de renaître avec tous les atouts de sa musique et de son humour grâce à la vigilance enthousiaste de son directeur Alexander Oliver. Depuis 1999, ce ténor épris de pédagogie dirige et anime la haute école de pratique musicale néerlandaise. Écossais de souche, le visage rond et l’œil clair pétillant de malice, il fit ses débuts il y a une quarantaine d’années au fameux Glyndebourne Festival Opéra, a prêté la clarté et les couleurs de sa voix, son incroyable fantaisie d’acteur à bien des personnages de Monostatos de La Flûte Enchantée de Mozart à Arnalta du Couronnement de Poppée de Monteverdi dont il fit, sous les directions conjuguées du metteur en scène Jean-Pierre Ponelle et du maestro Nikolaus Harnoncourt, une figure quasi légendaire. Il travailla avec les plus grands, tant sur le plan des metteurs en scène que sur celui des chefs d’orchestre et interpréta toutes les musiques de Mozart à Schönberg, en passant par Janacek ou Britten. Pour ses ouailles, il est un « prof », un « coach » passionné, un vrai communicateur d’enthousiasme et de justesse.

A la DNOA, il fut l’initiateur, parfois le metteur en scène, de belles réussites comme Albert Herring de Britten, Le Dialogue des Carmélites de Poulenc, La Clémence de Titus de Mozart.

Désir amoureux, drôlerie et irrespect

Pour le dernier en date, ce Signor Bruschino, il a confié la réalisation à Floris Visser, tout jeune metteur en scène hollandais à l’imagination en roue libre et toujours parfaitement musicale et la direction d’orchestre à un jeune anglais Richard Egarr, élève de Gustav Leonhardt, condisciple de Christopher Hogwood, dont la renommée débutante a déjà conquis bien des pays dont le Japon. A la tête du NJO – « Orkest van 19e eeuw » (orchestre du 19ème siècle) pour ce Rossini farce, il a en tout cas su mettre en balance allègre le désir amoureux, la drôlerie et l’irrespect.

Une cage géante sertie d’une haute balançoire sert d’axe aux tribulations des personnages qui entrent, sortent envahissent le plateau ou la salle. Dans des costumes parfois extravagants, les jeunes pensionnaires de l’école s’amusent et amusent , font fleurir bien des dons : en Florville un rien pataud, un rien timide, le ténor Peter Davoren fait entendre un timbre clair prometteur, de même l’américaine Alexandra Schoeny, soprano fruitée révèle de jolies nuances en Sofia, l’amoureuse. Tous jouent les jeux et enjeux avec conviction. Mention spéciale pour Florian Bonneau, baryton français ayant fait ses classes en Hollande, qui rehausse un timbre chaleureux par des dons de d’un comique ahurissant. Un vrai phénomène d’élasticité autant vocale que physique. Il fait crouler de rire la salle et ses partenaires ont parfois du mal à se retenir d’en faire autant.

Photos : Floris Visser

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